Jeudi 26 juin 2008, dans le comté de DeKalb, en Géorgie.
Dans la banlieue de Doraville, ce bel après-midi est bientôt interrompu par un appel aux secours provenant d’une entreprise du secteur agroalimentaire.
Jaquita Williams, ancienne journaliste à WSB-TV Atlanta, raconte : « C’est une employée qui a appelé pour dire que sa collègue, Kerri Harris, 31 ans, avait été poignardée et était en train de se vider de son sang. »
Darrell Kitchen, ancien enquêteur dans le comté de DeKalb, précise : « Ça venait de se passer quand elle nous a appelés. Elle nous a dit qu’elle avait été agressée avec une arme, un couteau. »
La police et les secours arrivent sur place quelques minutes plus tard.
Tamara Ross, ancienne procureure du comté de DeKalb, décrit la scène : « Quand ils sont arrivés, ils sont tombés sur une scène chaotique. Les collègues de Kerri l’avaient trouvée dans son bureau, et ils s’étaient tout de suite rendus compte qu’elle avait été agressée. »
Rod Bryant, de la police du comté de DeKalb, poursuit : « Elle était inconsciente et elle avait un couteau planté dans la gorge. »
Tamara Ross ajoute : « Il y avait de grosses éclaboussures de sang, et son bureau était vraiment sans dessus dessous. Les secours ont essayé de la réanimer, mais malheureusement, elle n’a pas pu être sauvée. Et ils ont dû prononcer son décès peu après leur arrivée. »
Jaquita Williams confirme : « Hélas, quand ils sont arrivés, il n’y avait plus rien à faire pour Kerri Harris. »
D’après ses collègues, Kerri est pourtant une employée modèle. Une question s’impose alors : qui aurait pu vouloir la tuer ?
Jaquita Williams la décrit ainsi : « C’était le genre de personne positive avec qui tout le monde aime passer du temps. Quand elle arrivait quelque part, son sourire illuminait la pièce. C’est difficile de croire que qui que ce soit puisse vouloir faire du mal à une personne pareille. »
Kerri Harris est née le 7 mars 1977. Elle est la benjamine de Frank et Marcle Wicks, un cheminot et une infirmière.
Sa sœur, Kim Washington, raconte : « Dans notre famille, on était six enfants. Il y avait deux garçons et quatre filles. On était tous très proches. »
Son frère Efrin Harris garde lui aussi le souvenir d’une jeune femme particulièrement joyeuse : « Kerri était la personne la plus pétillante que j’ai jamais connue. C’était contagieux. Tous les gens qui connaissaient Kerri disaient d’elle que c’était une bouffée d’air frais. »
La famille est habituée aux déménagements. Jason Harris explique : « On était des enfants de cheminots. Donc on déménageait souvent. Tous les deux ans, mon père était promu, et on partait s’installer dans une nouvelle région. »
Mais la famille finit par prendre racine à Memphis, dans le Tennessee.
« Dès qu’elle est arrivée à Memphis, Kerri s’est plongée dans ses études », raconte Jason Harris.
Très tôt, Kerri se distingue par son goût pour les livres. Kim Washington se souvient : « Je me suis rendu compte que Kerri était vraiment unique au moment où j’ai vu que la plupart des enfants adoraient recevoir des jouets pour Noël, mais que Kerri, ce qu’elle voulait, c’était des livres. »
Efrin Harris ajoute : « C’était une éponge. Tout ce qu’elle lisait, tout ce qu’elle faisait, elle l’absorbait tout de suite. »
Jason Harris poursuit avec une anecdote révélatrice : « J’ai rarement vu un objet aussi usé que sa carte de bibliothèque. »
Cette soif de connaissances est encouragée par ses parents dès son plus jeune âge.
Jason Harris explique : « C’était très important pour notre mère qu’on apprenne le plus de choses possible parce qu’elle venait d’un milieu modeste. Elle a connu la pauvreté. Mes parents ont grandi dans cet environnement, et ils ont appris à travailler dur pour atteindre leurs objectifs. »
Efrin Harris se souvient des conseils de leur mère : « Ma mère nous a toujours dit, à mes frères, mes sœurs et à moi, que si on voulait quelque chose, il fallait se battre, que rien n’arrivait tout seul. »
Jason Harris ajoute : « Nos parents nous ont toujours appris que notre culture, nos connaissances, c’était notre pouvoir, notre force. »
Dès son entrée au lycée, l’avenir de Kerri semble déjà se dessiner.
Kim Washington raconte : « Ses professeurs n’avaient que de bonnes choses à dire sur elle : Kerri a fait ceci, Kerri a fait cela, Kerri a réussi ça. »
Pour Efrin Harris, Kerri a toujours été déterminée à réussir : « L’objectif de Kerri, c’était d’exceller dans la vie. Ce qu’elle voulait, c’était… c’était faire en sorte que ma mère n’ait jamais à se soucier de rien. Quand elle commençait quelque chose, elle travaillait jusqu’à le maîtriser. »
Jason Harris précise : « Quand elle était en première, elle recevait déjà des offres de plusieurs universités de tout le pays qui lui proposaient des bourses. »
Kerri obtient un score exceptionnellement élevé au test d’aptitude universitaire. Elle décroche son diplôme avec mention du lycée Kirby. Son intérêt pour la chimie la conduit à l’université Alabama A&M, une université agricole et mécanique de l’Alabama, où elle reçoit une bourse d’études complète.
« Kerri avait plusieurs options. Et elle a choisi l’université de l’Alabama parce qu’il y avait un excellent département de science des aliments », explique Jason Harris.
Efrin Harris raconte ce qui l’attire dans ce domaine : « Elle a toujours adoré analyser les produits, les ingrédients. Elle aimait savoir de quoi ils étaient composés, comment ceci ou cela fonctionne. C’est ça qui l’a mise sur cette voie. »
Kerri décroche plus tard une licence en sciences, un BS, à Huntsville.
Kim Washington se souvient avec fierté de cette réussite : « Kerri était la première de nous six à obtenir un diplôme universitaire. Et c’était la petite dernière. On n’a jamais été aussi fiers d’elle qu’au moment où on l’a vue monter sur l’estrade pour recevoir cet honneur. Elle était incroyable. »
Après l’obtention de son diplôme, Kerri décroche l’emploi de ses rêves au sein de la division Cargill Food Service à Tucker, une usine du secteur agroalimentaire en Géorgie.
Efrin Harris raconte : « Quand Kerri est partie s’installer à Atlanta, ça a été assez dur pour toute la famille. Mais elle avait tout prévu. Encore une fois, elle savait exactement ce qu’elle faisait. »
Jason Harris explique ce qui la motive dans son nouveau poste : « Je pense que ce qui a poussé Kerri à travailler pour cette entreprise, c’est qu’elle faisait un produit qui était utilisé pour des millions d’autres produits dans l’alimentaire. Kerri était responsable du contrôle qualité, et elle en tirait une grande fierté professionnelle. »
Efrin Harris poursuit : « Elle est vite devenue excellente. Elle a commencé à monter les échelons et elle était très heureuse. »
Kerri se consacre alors à sa carrière et prend des cours du soir pour obtenir un master.
Jason Harris explique : « Elle prévoyait son avenir. Et elle avait vu de quels diplômes elle avait besoin pour gravir les échelons dans l’entreprise pour laquelle elle travaillait. Dans l’agroalimentaire, si on veut décrocher un poste de cadre de direction, il faut au moins un master. L’immeuble dans lequel vivait Kerri était juste en face de l’université de Mercer. Autant vous dire qu’elle n’a pas hésité à postuler et qu’elle a été prise. »
Efrin Harris résume cette période : « Elle travaillait dur pour atteindre ses objectifs. Elle voulait une belle vie et elle voulait pouvoir en profiter. Et tout lui a été enlevé en un instant. »
Mais désormais, les enquêteurs cherchent à comprendre pourquoi Kerri a été tuée dans son propre bureau.
Darrell Kitchen rappelle : « Tout ce qu’elle voulait, c’était se perfectionner et faire la fierté de sa famille. »
Jaquita Williams pose la question qui demeure alors sans réponse : « Qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire pour que quelqu’un lui veuille autant de mal ? »
Elle poursuit : « Tous ceux qui travaillaient avec Kerri savaient qu’elle irait loin. Et personne ne comprenait qui avait pu lui faire ça. Le lieu de travail, c’est censé être un havre de paix, comme la maison. On ne s’attend pas à y subir une telle violence. »
Après examen de la scène de crime, les enquêteurs établissent que Kerri a été prise au dépourvu et n’a pas vu venir son agresseur.
Tamara Ross décrit les constatations des policiers : « Les policiers ont trouvé Kerri étendue par terre dans son bureau. Elle avait été poignardée à la gorge avec un couteau. »
Jaquita Williams précise : « On aurait dit que Kerri s’apprêtait à envoyer un fax, que quelqu’un était entré dans son bureau sans prévenir et qu’il l’avait tuée. »
Rod Bryant détaille les blessures : « Elle a pris deux coups de couteau. Le premier dans le dos, comme si elle avait été en train de s’échapper. Le deuxième dans la gorge. Le tueur y a laissé son couteau quand elle s’est effondrée. »
Jaquita Williams ajoute : « Il n’y avait aucune lésion défensive sur les mains de Kerri, comme si elle n’avait même pas eu le temps de faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. »
Tamara Ross explique ce que révèlent les traces de sang : « Grâce aux tâches de sang et aux éclaboussures, on savait que le suspect avait continué de s’acharner une fois qu’elle était tombée et sans défense. »
Pour les policiers, le choix d’un couteau n’est pas anodin.
Tamara Ross affirme : « Quand on prend un couteau pour tuer quelqu’un, c’est pour lui faire comprendre que c’est personnel, et pour lui montrer combien on le hait. »
Jaquita Williams ajoute : « C’est une manière de tuer personnelle et sanguinaire. Et il faut nourrir une rage et une haine inqualifiable contre sa victime pour faire une chose pareille. »
Darrell Kitchen apporte une autre hypothèse : « Quand on commet un crime, en général, on prend se qu’on trouve. Et je crois qu’il a pris le couteau dans la cantine ou la salle de repos de l’entreprise. »
Jason Harris rappelle toutefois que l’accès aux locaux est sécurisé : « C’était un endroit très sûr. On pouvait pas entrer comme ça dans les locaux. Il fallait un badge ou je sais pas quoi pour ouvrir la porte. »
Pour Tamara Ross, cet élément constitue déjà une première piste : « Dès le début de l’enquête, ils ont su que c’était sûrement un collègue, justement grâce à ça. »
Les policiers espèrent maintenant que l’arme du crime permettra de remonter jusqu’au responsable.
Rod Bryant explique : « Il y a presque toujours des traces ADN sur l’arme. Parfois, le tueur se coupe, le couteau peut devenir assez glissant à cause du sang. Et c’est comme ça qu’on récupère des éléments. »
Tamara Ross précise : « L’arme a été envoyée au labo pour chercher des traces ADN, des empreintes digitales ou quelque indice que ce soit qui puisse aider à résoudre le crime. »
Pendant que la police technique et scientifique poursuit ses recherches, les enquêteurs s’intéressent aux collègues de Kerri.
Darrell Kitchen explique l’importance des interrogatoires : « Les interrogatoires, c’est important pour comprendre la dynamique, remonter le fil des événements pour savoir exactement ce qu’il s’est passé, comment, quelles interactions le suspect et sa victime ont pu avoir. »
Jaquita Williams précise : « Pour commencer, les enquêteurs devaient déterminer si les employés avaient un badge pour entrer, s’ils avaient accès à toutes les salles du bâtiment et qui avait accès au bureau de Kerri. »
Tamara Ross revient sur le moment du meurtre : « Ça s’est passé en plein milieu de la journée, vers l’heure du déjeuner. Et la plupart des collègues de Kerri étaient en réunion. Ils étaient dans une salle à proximité de son bureau quand ils l’ont entendue hurler. Ils ont arrêté la réunion. Ils ont suivi les cris. Et c’est là qu’ils ont trouvé Kerri. »
Les témoins racontent aux policiers avoir vu un homme partir en courant et monter dans une Compact blanche quelques instants après le meurtre. L’un d’eux est formel : l’homme en question est un collègue, Craig Armstead, 39 ans.
Darrell Kitchen précise : « Craig Armstead conduisait le chariot élévateur dans un entrepôt. »
Jaquita Williams raconte : « Pendant que tous les collègues de Kerri couraient vers elle, Craig courait dans l’autre sens. Évidemment, ils ont trouvé ça bizarre. C’était suspect. »
Tamara Ross souligne toutefois que les enquêteurs disposent déjà d’autres éléments : « On n’avait pas de témoin du meurtre. Puis on n’était pas démunis parce qu’on avait des témoins qui avaient vu Craig quitter la scène du crime. »
Et les soupçons des collègues de Kerri sont rapidement confirmés par les images de vidéosurveillance.
Jaquita Williams raconte : « Les enquêteurs ont vu Craig Armstead, 39 ans, marcher avec un couteau dans la main. Et ils se sont dit : ‘Attends. Rembobine. Qu’est-ce que c’est que ça ?’ »
Tamara Ross ajoute : « Sur les images, on voyait très clairement que c’était Craig Armstead. On reconnaissait son visage et les vêtements qu’il portait. »
Pour Jaquita Williams, la priorité devient alors évidente : « Les policiers savaient qu’ils devaient le retrouver au plus vite. Craig Armstead était leur suspect principal. »
Darrell Kitchen explique la réaction des autorités : « On a lancé un avis de recherche pour essayer de le retrouver. On a envoyé à tous nos collègues des forces de l’ordre à tout le comté de DeKalb. »
Tamara Ross précise pourquoi cette course contre la montre est essentielle : « À chaque fois qu’un suspect s’enfuit juste après un meurtre, on doit absolument l’appréhender au plus vite. On ne voulait pas qu’il puisse s’en prendre à qui que ce soit d’autre dans la communauté. »
La chasse à l’homme est lancée. Les enquêteurs doivent maintenant comprendre pourquoi un collègue de Kerri aurait subitement attaqué la jeune femme.
Tamara Ross rapporte ce que les collègues de Craig leur ont déclaré : « Les collègues de Craig nous ont dit que c’était un bon employé. Personne n’avait de problème particulier avec lui. »
Jaquita Williams pose alors la question : « Pourquoi est-ce que cet homme aurait poignardé sa collègue à mort en plein milieu de la journée ? »
Pendant ce temps, les proches de Kerri s’effondrent à l’annonce de sa mort.
Jason Harris raconte : « Je l’ai senti. J’ai senti le moment où c’est arrivé. J’étais en train de composer son numéro et j’ai senti mon cœur se serrer. »
Efrin Harris se souvient de l’appel de leur mère : « Ma mère m’a appelé, et elle était dans tous ses états. Elle m’a dit : ‘Kerri est morte.’ Après ça, tout s’est passé au ralenti. C’était comme si j’étais plus là. J’étais pétrifié. »
Kim Washington raconte à son tour : « Je croyais qu’elle avait eu un accident de voiture ou quelque chose comme ça. J’aurais jamais pu imaginer que quelqu’un l’avait tuée parce qu’elle avait jamais rien fait de mal. »
Mais une question demeure : pourquoi Kerri a-t-elle été agressée par un collègue qu’elle connaissait déjà depuis plusieurs années ?
Darrell Kitchen explique : « Pendant l’enquête, il fallait qu’on interroge tous ses collègues et tous les gens qui la connaissaient et qui connaissaient Craig Armstead, et essayer de comprendre les liens entre eux, savoir s’ils étaient en conflit. »
Les collègues de Craig le décrivent comme un homme intelligent, un peu réservé et apprécié.
Tamara Ross rapporte : « Les collègues de Craig le décrivaient comme un homme intelligent, un peu réservé et apprécié. »
Jason Harris ajoute : « Il était connu comme le type sympa qui offrait de petites attentions, qui faisait des gâteaux, qui apportait de la soupe à ses collègues malades. »
Lorsque Kerri arrive dans l’entreprise, Craig lui réserve lui aussi un accueil chaleureux.
Tamara Ross raconte : « Quand Kerri a commencé à travailler là-bas, Craig a mis le paquet pour lui souhaiter la bienvenue. C’était l’homme aux gâteaux. Il adorait la pâtisserie. Donc, bien sûr, il a fait un gâteau pour Kerri et le lui a offert pour lui souhaiter la bienvenue. »
Mais Kerri se montre prudente avec la nourriture.
Jason Harris explique : « Kerri a toujours fait attention à ce qu’elle mangeait. Si elle ne savait pas exactement où et comment les aliments avaient été préparés, il y avait peu de chances qu’elle accepte le plat et qu’elle le mange. »
Jaquita Williams précise : « Elle ne savait pas à quoi ressemblait sa cuisine. Elle ne savait pas si sa maison était propre. La restauration, c’était son domaine. Donc elle l’a remercié et elle en est restée là. »
Malgré cet accueil chaleureux, Kerri ne tarde pas à remarquer des anomalies dans son bureau.
Tamara Ross explique : « Pendant l’enquête, les proches de Kerri nous ont raconté qu’elle ne se sentait pas très à l’aise, parce qu’elle avait remarqué que quelqu’un déplaçait des objets dans son bureau. »
Au début, Kerri cherche une explication rationnelle.
Jason Harris raconte : « Au début, elle s’est dit que c’était peut-être l’équipe d’entretien qui donnait des coups dans le bureau en attrapant la poubelle. Donc elle est allée vérifier l’emploi du temps pour voir si des agents étaient passés le week-end en question. Mais ce n’était pas le cas. D’après les horaires, ça ne pouvait pas être eux. »
Au mois de février 2007, une autre expérience vient troubler Kerri alors qu’elle rentre du travail.
Efrin Harris raconte : « Elle était au téléphone avec notre mère et elle lui a dit qu’il était en train de se passer quelque chose de bizarre. »
Jaquita Williams poursuit : « Elle ne savait pas qui c’était, mais elle voyait que quelqu’un la suivait. Et elle avait peur. »
Jason Harris décrit ce qui se passe alors : « À chaque fois qu’elle tournait, la voiture tournait. À ce moment, on lui a dit de ne pas rentrer chez elle. On lui a dit de continuer de conduire jusqu’à trouver un poste de police, un lieu sûr. Elle s’est arrêtée dans un quartier bien éclairé et à côté d’un poste. Et son suiveur est parti. Elle n’avait pas pu bien voir parce que la voiture avait gardé ses distances. Mais c’était une sacrée coïncidence que la voiture de Craig corresponde assez près à la description de Kerri. »
Jaquita Williams ajoute : « Kerri n’avait aucune raison de suspecter Craig. Mais elle se sentait mal à l’aise à ses côtés. On a tous un instinct, une intuition. Et parfois, cette intuition nous dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose de bizarre. »
Peu après, Kerri rencontre un autre problème avec sa voiture.
Jason Harris raconte : « Un peu après, Kerri a eu des problèmes avec sa propre voiture. D’un coup et sans raison, elle se mettait à brouter et s’arrêtait. Craig l’a aidé à redémarrer sa voiture avec des câbles soi-disant. Il a fureté sous le capot, et elle a redémarré. »
Jaquita Williams trouve elle aussi la situation étrange : « C’était bizarre. C’était comme si il savait exactement pourquoi la voiture ne marchait pas. »
Kim Washington se souvient : « Je me suis dit qu’il l’avait peut-être trafiquée, qu’il avait peut-être causé la panne. »
Après cet épisode, Craig invite Kerri à sortir.
Jaquita Williams analyse son comportement : « Après ça, il l’a invitée à sortir. Ça ressemblait à de la manipulation. Je t’ai aidé, maintenant tu me dois un rendez-vous. »
Selon ses proches, Kerri refuse, mais s’efforce de ne pas blesser Craig.
Tamara Ross explique : « Elle a refusé ses avances. Mais elle ne voulait pas le rabaisser ou l’humilier. Elle lui a dit qu’elle n’était pas intéressée tout simplement, qu’elle ne voulait pas de relation personnelle avec lui. »
Kim Washington précise : « Elle lui a dit qu’elle ne mélangeait pas ses vies personnelles et professionnelles. Comme on nous l’avait appris. Notre mère nous avait toujours dit de ne pas mêler travail et plaisir. C’est vraiment la porte ouverte aux ennuis. »
Mais Craig ne semble pas comprendre le message.
Jaquita Williams raconte : « On aurait dit que plus elle lui disait non, plus il lui faisait des cadeaux de plus en plus aberrants, plus il lui portait de l’attention pour qu’elle change d’avis et pour qu’elle accepte. »
Jason Harris décrit ces attentions : « Il faisait passer ça pour des petites attentions normales. ‘Tiens, je t’ai fait des cupcakes.’ ‘Tiens, je t’ai fait un gâteau.’ Elle lui disait : ‘Merci, mais c’était vraiment pas la peine.’ »
Kim Washington résume : « Elle ne voulait pas sortir avec lui, mais il ne la laissait pas tranquille. »
C’est à l’occasion du trentième anniversaire de Kerri que Craig dépasse une nouvelle fois les limites.
Efrin Harris raconte : « Ma mère lui avait acheté des boucles d’oreilles en diamant pour son anniversaire. Craig les a vues, et il s’est dit : ‘Ah, elle aime les bijoux. Je vais lui acheter des boucles d’oreilles encore plus grosses que celles qu’elle a reçues.’ »
Jaquita Williams souligne la différence : « Préparer un gâteau, c’est une chose. Acheter des grosses boucles d’oreilles en diamant, c’en est une autre. C’est un cadeau très personnel. On n’offre pas des diamants à une collègue. »
Efrin Harris résume : « Il n’arrivait pas à comprendre le mot ‘non’. »
Finalement, Kerri décide de signaler son comportement aux ressources humaines.
Jaquita Williams explique : « Kerri a fini par en avoir assez, et elle l’a fait remonter aux RH. »
Jason Harris raconte : « Le responsable des relations humaines a noté dans son dossier qu’il avait parlé avec Craig de son comportement vis-à-vis de Kerri et de ses visites incessantes. »
Kim Washington précise : « Il a dit qu’il avait besoin de communiquer avec elle pour le travail. Et les RH lui ont répondu qu’il pouvait le faire par courriel. »
Kerri pense alors être arrivée au bout de ses soucis. Jusqu’à ce qu’une collègue lui révèle une information déconcertante.
Jaquita Williams raconte : « Une collègue a invité Kerri à boire un verre après le travail, et elle lui a dit qu’elle avait quelque chose de très important à lui raconter par rapport à Craig. Quelque chose qui allait changer la vie de Kerri. »
Tamara Ross révèle : « Elle a appris comme nous, au cours de l’enquête, que Craig avait tué une ex-petite amie. »
Avec cette information, les policiers commencent à regarder le comportement de Craig sous un autre angle.
Jaquita Williams explique : « Avec cette information en main, les policiers ont vu les actions de Craig sous un autre jour. Il avait déjà tué. Est-ce qu’il aurait pu recommencer ? »
L’obsession de Craig pour Kerri prend alors une nouvelle dimension.
Tamara Ross résume : « On a tous plus ou moins peur du croque-mitaine. Et personne n’a envie de croire qu’il est là, parmi nous. »
Les enquêteurs savent déjà que leur suspect principal, Craig Armstead, a harcelé Kerri. Ils découvrent maintenant qu’elle n’est pas sa première victime.
Tamara Ross explique : « Quand on travaille sur une affaire de meurtre, c’est toujours très troublant d’apprendre que le suspect est déjà connu pour meurtre. C’est une collègue de Kerri qui lui avait appris que Craig avait déjà un casier judiciaire. »
Ses amis expliquent aux autorités qu’après avoir entendu les rumeurs sur Craig, Kerri a fait ses propres recherches. Et ce qu’elle découvre est plus terrible encore.
Jaquita Williams raconte : « Ce qu’elle a trouvé, c’était la vérité. Dans le New Jersey en 1990, Craig Armstead avait battu son ex-petite amie à mort et avait enterré son corps à la hâte. »
Tamara Ross revient sur les circonstances de ce premier homicide : « La jeune fille qu’il avait tuée était son ex-petite amie. Elle s’appelait Paula. Paula l’avait quittée, et Craig refusait d’accepter qu’elle ne veuille plus de lui. Un jour, quand elle était au travail, il est allé à la gare routière et a attendu qu’elle arrive. Quand elle est descendue du bus, d’après les éléments, on pense qu’il l’a enlevée, qu’il l’a attrapée dans la rue et qu’il l’a battue à mort. Il l’a frappé à la tête avec un marteau. »
Kim Washington réagit : « Quand on a appris qu’il avait tué quelqu’un avant Kerri, on était horrifiés. On était horrifiés. »
Jason Harris ajoute : « Il l’a attrapée et il l’a brutalisée avant d’abandonner son corps à côté de la voie ferrée. C’est impardonnable. »
Tamara Ross poursuit : « Il voit une haine aux femmes. Ce qui ressortait de cette affaire, c’est qu’il avait déjà tué, et ce n’était pas une erreur de parcours. »
Craig avait alors plaidé la folie pour obtenir une réduction de peine.
Jaquita Williams rappelle : « Il a dit qu’il avait perdu le contrôle. »
Tamara Ross précise : « Le juge a condamné Craig à 10 ans de prison, mais il est sorti au bout de 5. »
Cette décision reste incompréhensible pour Efrin Harris : « Je ne comprends pas comment la justice a pu laisser sortir un criminel pareil après 5 ans à peine. »
Jason Harris ajoute : « Si Kerri avait su que cet homme était ce genre de prédateur, elle se serait assurée qu’il n’ait aucune place dans sa vie. »
Marcle Wicks, la mère de Kerri, met également en cause les informations dont disposait l’entreprise : « Cette entreprise détenait des informations qui auraient pu protéger ma fille. Je demande à cette entreprise de prendre ses responsabilités et de mettre en place les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus. »
Après sa libération, Craig s’installe à Atlanta pour prendre un nouveau départ.
Rod Bryant explique pourquoi son passé reste difficile à retrouver : « Il était adolescent à l’époque du premier homicide. Dans le New Jersey, quand un mineur commet un crime, les charges sont tenues secrètes et son nom n’est pas vraiment sorti dans les journaux. »
Efrin Harris pense que Craig a appris à dissimuler son passé : « Je pense qu’avec le temps, Craig a appris à dissimuler qui il était vraiment. Il a appris à manipuler et à ne pas se faire remarquer. »
Jaquita Williams confirme l’image qu’il renvoie à son entourage : « Tous les gens qui le connaissaient disaient que c’était quelqu’un de gentil. Un bon employé, un type comme un autre. »
Kerri a découvert la vérité, mais elle ne compte pas laisser Craig se mettre en travers de ses objectifs.
Jaquita Williams explique : « Kerri devait avoir peur. Mais elle avait travaillé très dur pour arriver là où elle en était et pour obtenir ce travail. Elle n’allait pas partir à cause de lui. »
Kim Washington ajoute : « Elle était têtue. Si elle ne voulait pas faire quelque chose, elle n’allait pas le faire. Si ça ne lui semblait pas juste, elle n’allait pas le faire. »
En juin 2008, Kerri franchit une nouvelle étape. Elle obtient son master en administration des affaires, un MBA, à l’Université Mercer d’Atlanta.
Kim Washington annonce : « Elle allait recevoir une grosse promotion après son master. »
Jason Harris raconte les projets de sa sœur : « Kerri aurait voyagé pour son travail aux États-Unis, au Canada, au Mexique. Elle se serait déplacée dans des usines pour opérer des contrôles de qualité. Elle aurait inspecté tous les produits de son entreprise. Elle disait qu’une fois qu’elle aurait sa promotion, elle n’aurait plus à le voir ou à se soucier de lui parce qu’elle pourrait vivre où elle voulait en Amérique du Nord. »
Pour célébrer sa réussite, son supérieur lui organise une fête surprise au bureau.
Mais une nouvelle fois, Craig en fait trop.
Jason Harris raconte : « Il lui avait acheté un assistant personnel. C’est l’équivalent de l’époque d’une tablette toute neuve. »
Kerri refuse le cadeau.
Kim Washington explique : « Elle lui a dit qu’elle ne pouvait pas accepter. Elle lui a dit que ce n’était pas le genre de cadeau qu’on faisait à une collègue. Et il a répondu qu’il voulait juste lui montrer qu’il était fier d’elle. »
Tamara Ross analyse cette réaction : « Je pense qu’elle s’est dit qu’il valait mieux ne pas faire d’esclandre, comme beaucoup de femmes. Quand on reçoit des égards dont on se passerait bien, on essaie de ne pas faire trop de vagues. Alors, même si Kerri n’en voulait pas, elle a décidé qu’il valait mieux en rester là. »
Jason Harris poursuit : « Elle pensait qu’elle pouvait se protéger. Je pense qu’elle s’est dit que tant qu’elle ne le voyait qu’au travail, tout irait bien, qu’elle pourrait tenir. Mais il est passé à l’acte. »
Les enquêteurs apprennent ensuite que, le 25 juin, la veille de son meurtre, Kerri découvre que Craig est encore plus inquiétant qu’elle ne le pensait.
Jaquita Williams raconte : « Dans les toilettes des femmes, une employée a remarqué une lumière rouge. Quand elle s’est approchée, elle s’est rendu compte que c’était une caméra cachée dans une trousse de maquillage. »
Tamara Ross décrit ce qui suit : « Quand elle a trouvé la caméra, elle est allée en parler à Kerri, qui était sa supérieure. Elles ont décidé de faire remonter l’information aux ressources humaines. Kerri est allé leur apporter la caméra le soir même, mais personne n’était là. Donc elle y est retournée le lendemain matin. Et les RH ont appelé la police. Les agents ont dû arriver sur place vers 11h du matin. Ils ont pris quelques notes, mais ils n’ont pas insisté, parce qu’ils comptaient confier l’affaire à un enquêteur. Ils ont quitté les lieux. Et puis, ils ont été de nouveau appelés vers 12h20. Et cette fois, c’était pour le meurtre de Kerri. »
Jaquita Williams résume la chronologie : « C’est le jour où Kerri a apporté la caméra aux ressources humaines qu’elle a été agressée et tuée dans son bureau. »
Pour les enquêteurs, le mobile semble alors clair.
Tamara Ross explique : « Il savait qu’il allait se faire prendre. Et on pense que c’est à ce moment qu’il s’est dit qu’il allait tuer Kerri Harris. »
Jaquita Williams ajoute : « Craig ne pouvait pas supporter qu’elle découvre que c’était un monstre. »
Kim Washington imagine ce qui a pu se passer dans l’esprit de Craig : « Il a dû se dire : ‘Ils savent que c’est moi. C’est fini. Même si je peux pas voir Kerri, personne ne l’aura.’ »
Les autorités doivent désormais retrouver le suspect au plus vite.
Tamara Ross raconte : « Quand ils ont su pour la caméra et qu’ils ont compris ce qu’il avait fait, c’était le grand combat. »
Les autorités de Géorgie sont persuadées que Craig Hamstead, 39 ans, est responsable du meurtre de sa collègue Kerri Harris. Mais pour le prouver, elles doivent d’abord retrouver le suspect.
Un avis de recherche est diffusé dans tout l’État et les policiers de la région d’Atlanta sont aux aguets.
Il ne faut que quelques minutes pour que les enquêteurs obtiennent une nouvelle information.
Darrell Kitchen raconte : « C’est un de nos collègues du comté qui nous a dit qu’une Compact blanche avait eu un accident. »
Tamara Ross précise : « Craig a paniqué. Il a vu les policiers. Il ne savait même pas encore qu’il était recherché. Et il est rentré dans le trottoir. »
Darrell Kitchen poursuit : « Il avait les mains couvertes de sang et il marmonnait. Ils ont cru qu’il était blessé. »
Rod Bryant explique ce que les agents découvrent : « Ils ont cru qu’il s’était coupé avec un morceau de verre ou qu’il s’était pris le volant. Mais ils se sont vite rendu compte qu’il n’avait aucune blessure. Et ce n’était même pas son sang. Des agents ont été dépêchés, mais ils ont vite fait le calcul. Ils ont appelé la brigade criminelle. Et Craig a été emmené au poste pour que les enquêteurs puissent l’interroger et comprendre ce qu’il s’était passé. »
Pendant ce temps, leurs collègues, munis d’un mandat de perquisition, fouillent le logement du suspect.
Jaquita Williams raconte : « Quand ils sont entrés chez lui, ils sont tombés sur une montagne de preuves. »
Tamara Ross décrit ce qu’ils découvrent : « Ce qu’ils ont découvert, c’était glaçant. Ils ont trouvé des milliers d’heures de bandes vidéo. Ils ont trouvé des DVD qui portaient chacun le nom d’une collègue et qui contenaient des images filmées dans les toilettes. Tous les soirs, il récupérait sa caméra, il rentrait avec, il téléchargeait la vidéo qu’il avait filmée pendant la journée et il gravait les images de chaque collègue sur le DVD qui portait son nom. C’était vraiment un moment important, quand on est tombé là-dessus et qu’on a compris ce qu’il faisait. »
Et Craig n’en est pas à son premier délit du genre.
Jaquita Williams explique : « Les enquêteurs se sont renseignés, et ils lui ont trouvé un casier judiciaire en Géorgie. En 2000, Craig avait été accusé de voyeurisme dans des toilettes publiques pour femmes. »
Rod Bryant explique : « Les voyeurs finissent par arrêter quand ils voient que la personne qui les intéresse est dans une position de vulnérabilité et qu’ils peuvent la poursuivre. »
Il ajoute : « C’était récurrent chez lui, et ça n’allait qu’empirer malheureusement pour Kerri. »
Lorsque les enquêteurs présentent à Craig les éléments dont ils disposent, le suspect avoue les faits. Mais sa version des événements dépasse tous les scénarios imaginés par la police.
Extraits de l’interrogatoire de Craig Armstead :
L’enquêteur lui demande : « Racontez-moi ce qui est arrivé à Kerri. »
Craig répond : « C’est un rêve. C’est un mauvais rêve. »
L’enquêteur insiste : « Non, ce n’est pas un rêve. Craig, ce n’est pas un rêve. Ça vous revient ? Craig, vous vous souvenez ? Racontez-moi. »
Craig réplique : « Pourquoi vous ne me le dites pas vous ? »
Puis il affirme : « J’étais pas là. Je sais que ce qu’on a trouvé. »
Darrell Kitchen raconte ce qui se passe pendant l’interrogatoire : « Il n’arrêtait pas de parler de Frank. Il répétait que c’était lui qui l’avait tué. ‘Je pense que Frank l’a tué.’ On lui a demandé qui c’était. »
Tamara Ross explique alors : « Craig Armstead a expliqué que Frank était son alter ego démoniaque. C’était Frank qui le forçait à faire toutes ces choses terribles à ces femmes. C’était Frank qui le forçait à épier ces femmes. C’était Frank qui le forçait à tuer ces femmes. C’était Frank le responsable, pas Craig. »
Extraits de l’interrogatoire de Craig Armstead
L’enquêteur demande : « Ça fait combien de temps qu’il est là ? »
Craig répond : « C’est quelqu’un qui vit en moi. Je ne sais pas. Je ne sais pas comment ça marche. »
L’enquêteur poursuit : « Pourquoi Frank l’a tué ? Il ne l’aimait pas ? »
Craig répond : « Elle était méchante avec moi. »
Darrell Kitchen rapporte : « Il disait que Frank était une autre personne, pas un ami imaginaire, mais la personne en qui il se transformait. »
Tamara Ross précise : « Frank prenait possession de son corps. C’était comme ça qu’il le décrivait. C’était son corps à lui, mais c’était l’esprit de Frank. »
Craig Armstead affirme lui-même : « Je tenais le couteau… C’est pas vrai… C’est comme si… C’est comme si j’étais sa marionnette. »
Rod Bryant décrit son attitude pendant l’interrogatoire : « Il était assis là, et on aurait dit qu’il passait d’une personnalité à l’autre pendant tout l’interrogatoire. Je ne suis pas vraiment religieux. Je ne crois pas au paradis, à l’enfer, aux démons, à tout ça. Mais il se passait quelque chose en lui. »
Tamara Ross explique ensuite : « Craig a expliqué que pour contrôler ses envies de meurtre, il filmait des femmes et il les épiait. C’était son moyen de contrecarrer ses pulsions violentes. »
Darrell Kitchen ajoute : « Il disait que ça le calmait. »
Mais les enquêteurs pensent qu’il les mène en bateau.
Tamara Ross affirme : « Il disait qu’il ne pouvait pas contrôler Frank, que Frank était plus fort que lui, que Frank l’avait forcé à tuer Kerri. Bien sûr, on ne l’a pas cru. Avec les éléments qu’on avait en notre possession, on a déterminé que Craig savait exactement ce qu’il faisait quand il a tué Kerri. »
Craig reconnaît lui-même : « J’ai du mal à le dire. Je sais pas si c’est une excuse. Je sais pas ce que je fais. C’est peut-être ma façon d’expliquer le mal en moi que d’appeler Frank. »
Jaquita Williams estime alors : « On aurait dit qu’il se préparait à plaider la folie. Il savait le faire. Il l’avait déjà fait. Il avait déjà plaidé la folie pour l’homicide dans le New Jersey. »
Efrin Harris réagit avec colère : « Il avait travaillé là-bas pendant 8 ans. Il était où Frank quand il faisait des cookies ? C’est Frank qui lui disait quoi faire ? C’est Franck qui lui avait dit d’aller au travail et de se faire passer pour quelqu’un de normal pendant 8 ans ? Et là, comme par hasard, quand il se fait prendre, il est de nouveau fou. On aurait dit que c’était un jeu pour lui. »
Tamara Ross précise ensuite : « Craig a été inculpé pour 23 chefs d’accusation, parmi lesquels meurtre avec malveillance, crime concomitant, plusieurs attaques à main armée, usage d’un couteau au cours d’un crime et espionnage de ses collègues. »
Rod Bryant conclut cette phase de l’enquête : « On a terminé notre enquête et on a envoyé le dossier à la Cour supérieure pour le ministère public. »
Reste maintenant à savoir si le jury reconnaîtra Craig coupable ou si le suspect échappera à la justice.
Tamara Ross rappelle : « Il s’en était déjà sorti en plaidant le trouble mental, la folie. Et il essayait de recommencer. »
Craig Armstead, 39 ans, plaide non coupable du meurtre pour cause de folie.
Le 16 août 2010, deux ans après le meurtre de Kerri, son procès débute.
Tamara Ross explique la stratégie du ministère public : « On avait une stratégie en deux parties. D’abord, on voulait que les jurés sachent et comprennent qui était Kerri. Ensuite, on voulait leur montrer la montagne de preuves accablantes qu’on avait contre Craig. »
Rod Bryant détaille le dossier : « On avait ses aveux, on avait l’arme du crime et on avait des témoins. On avait un dossier très solide. »
Selon le ministère public, le jour du meurtre, Craig se rend compte que Kerri est sur le point de le démasquer et est prêt à tout pour l’en empêcher.
Jaquita Williams raconte : « Le procureur a passé la vidéo de la veille où on voyait Kerri se rendre aux RH avec la caméra dans la main. Et sur la même vidéo, on voyait Craig la croiser et partir dans l’autre sens. »
Tamara Ross explique : « Il savait qu’elle allait découvrir que c’était un véritable pervers, que ce n’était pas le gentil collègue qu’il avait présenté, non seulement à Kerri, mais à tous ses collègues. Il ne pouvait pas le supporter. »
Efrin Harris ajoute : « Il savait que les masques allaient tomber. Et je pense qu’à ce moment, il s’est dit qu’il allait sûrement passer le restant de ses jours en prison. »
Tamara Ross poursuit : « Il aurait pu décider de partir et de ne pas revenir. Il aurait pu. Mais à la place, il a décidé d’attraper un couteau. »
Jason Harris raconte : « Il s’est caché derrière la porte, il a attendu qu’elle entre dans son bureau après l’avoir épiée toute la journée et il l’a poignardée dans le dos. »
Jaquita Williams interprète alors ce geste : « C’était son point final au refus qu’il avait reçu face à ses cadeaux et ses tentatives de séduction. S’il ne pouvait pas avoir Kerri, personne ne pourrait l’avoir. »
Kim Washington résume : « Ça n’avait rien à avoir avec Kerri. Ça avait tout à avoir avec Craig. Il s’est octroyé le droit de prendre quelque chose qui ne lui appartenait pas. Mais il n’en avait pas le droit. »
D’après ses avocats, Craig n’était pas en mesure de se rendre compte de ce qu’il faisait et ne pouvait être tenu responsable de ses actes.
Tamara Ross explique le cadre juridique invoqué par la défense : « Dans l’État de Géorgie, pour prouver la folie, il faut prouver que l’accusé n’était pas capable de discerner le bien du mal au moment du crime. Les avocats de Craig ont fait appel à des spécialistes pour parler de son enfance et pour confirmer que Craig n’était pas en possession de ses moyens au moment du meurtre. »
Jaquita Williams rapporte : « Un psychologue avait déterminé que Craig souffrait de troubles psychotiques brefs. Au moment du meurtre, Craig pensait que Kerri était une mauvaise personne. Et comme il était en proie à un délire, il pensait qu’il devait la tuer. »
Pour contrer cette défense, le ministère public présente les éléments censés démontrer que Craig savait exactement ce qu’il faisait.
Tamara Ross affirme : « Quand on ne sait pas qu’on a fait quelque chose de mal, on n’essaie pas de le cacher. On ne s’invente pas un alter ego. Quand on ne sait pas qu’on a fait quelque chose de mal, on ne panique pas quand on voit la police et on ne s’enfuit pas. »
Efrin Harris réagit : « C’était bien pratique tout ça. Pendant 8 ans, il se faisait passer pour quelqu’un de normal. Et là comme par hasard, quand il se fait prendre, il est de nouveau fou. Moi, je n’y crois pas. »
Tamara Ross ajoute : « Que ce soit vrai ou pas qu’il ait souffert d’un délire, ou je ne sais quelle conclusion, ça n’affecte en aucun cas sa responsabilité légale dans le meurtre de Kerri. »
Après un procès long et éreintant, le jury rend son verdict.
Efrin Harris raconte : « On a été soulagé quand les jurés l’ont reconnu coupable de tous les chefs d’accusation. »
Tamara Ross précise la peine : « Il a été condamné à la réclusion à perpétuité avec 60 ans de sûreté. En Géorgie, il faut purger à peu près 90% de sa peine avant de pouvoir faire une demande de liberté conditionnelle. »
Pour la famille, le verdict marque la fin d’une étape, mais pas celle du deuil.
Efrin Harris confie : « C’est le moment où on s’est vraiment rendu compte que notre sœur était partie et qu’elle ne reviendrait pas. On allait enfin pouvoir fermer son chapitre à lui. Mais maintenant ça ouvrait le chapitre du deuil de notre sœur. »
Jaquita Williams rend hommage à Kerri : « C’était une femme très accomplie. Tout ce qu’elle voulait, c’était réussir sa carrière. Et elle y arrivait très bien. Mais malheureusement, elle est tombée sur cet homme instable, incapable d’accepter son refus. »
Tamara Ross rappelle : « On ne peut pas s’attendre qu’à ce qu’un collègue qu’on voit tous les jours et avec qui on parle tous les jours décide soudainement de nous tuer. »
Kim Washington résume la tragédie : « Kerri ne savait pas qu’elle allait mourir ce jour-là. »
Pour la plupart d’entre nous, le lieu de travail est une extension du domicile, un endroit où nous nous sentons en sécurité. Pour Kerri Harris, la réalité est tout autre.
Jason Harris déclare : « On devrait pouvoir sortir d’une réunion, aller poser des paquets sur son bureau et rester en vie. Elle pensait qu’elle était en sécurité, mais c’était faux. Et tout ça à cause de ce prédateur qui rôdait. »
Efrin Harris ajoute : « C’est la pire des souffrances de savoir que quelqu’un a pris la vie de ma sœur comme il l’a fait. Il ne l’a même pas regardé dans les yeux quand il l’a tuée. Il l’a poignardée dans le dos. Pour moi, c’est le pire des lâches. »
Kim Washington conclut : « Il est toujours en vie. Kerri n’a pas cette chance. Kerri a perdu la vie à 31 ans. Kerri n’aura jamais d’enfant. Kerri ne pourra jamais se marier. Kerri commençait tout juste sa vie. »
Jason Harris explique pourquoi la famille continue de raconter son histoire : « Si partager la tragédie de Kerri permet de sauver qui que ce soit, ça permet à une femme, un homme, un enfant, un collègue de se poser des questions. Ça en vaudra la peine. Elle ne peut plus partager son histoire, alors c’est à nous de le faire pour aider les autres. »
La famille Harris a déposé plainte contre l’employeur de Kerri pour n’avoir pas réagi à temps pour la sauver malgré les présages. Un arrangement d’un montant gardé confidentiel a été établi entre les parties. L’entreprise n’a reconnu aucune faute.
Un porte-parole de l’entreprise a déclaré à la presse : « Nous avons tous été sidérés par cet incident. C’est une véritable tragédie. »
@ker_gauthier
