Les meurtres de Coweta

« Dans les années 90, Coweta était un comté encore extrêmement rural, explique Clay Neely. Il est fait de fermes laitières, de collines, de petits chemins. »
« C’est le genre d’endroit où il est évident qu’il fait bon vivre, précise Chandler Brown. »
« Qu’il puisse y avoir autant de meurtres en seulement 24h, c’était très, très choquant, raconte Clay Neely. »
« La nuit du 23 janvier 1990, le poste de police reçoit l’appel d’un homme qui dit avoir entendu des coups de feu près de chez lui à Sharpsburg dans l’est du comté de Coweta, témoigne Kelvin Thompson. »
« Plusieurs de nos agents se rendent sur les lieux qui bordent la route 54, se souvient Mike Yeager. C’est la campagne. Il y a très peu de maisons. »
« En s’approchant de la maison, nous le voyons : un homme blanc était raide mort à deux pas de la porte de la maison, poursuit Kelvin Thompson. De visu, c’est un type d’1m80, dans la trentaine. »
« Il avait plusieurs blessures par balle, ajoute Mike Yeager. A notre arrivée, il ne faisait aucun doute qu’il était mort. »
« On lui avait tiré dans la tête et dans le torse, souligne Kelvin Thompson. Nous avons passé les
lieux au peigne fin et trouvé quatre douilles qui provenaient d’un 5mm. La victime n’avait ni portefeuille, ni papiers d’identité sur elle. »
« Impossible de savoir de qui il s’agissait, décrit Mike Yeager. »
« J’ai interrogé Mike Crider qui avait appelé la police, indique Kelvin Thompson. Il avait l’air bouleversé après ce qui venait de se passer près de chez lui. M. Crider était un bon et honnête citoyen. Il n’a jamais été un suspect. Il nous a raconté que dans un premier temps, il a entendu quelqu’un crié à l’aide. Ensuite, il a entendu un coup de feu. De ce qu’il entendait, cela avait tout l’air d’une course-poursuite. Puis le silence est brutalement retombé. Il n’y avait plus un bruit. Il s’est assuré que sa porte était bien fermée. Et il a attendu l’arrivé des autorités. »
« M, relate Mike Yeager. Crider nous affirme qu’il ne connaît pas l’homme qui gît dans son jardin. Pour poursuivre l’enquête, nous sommes sortis du jardin et avons aperçu un pick-up Dotson garé sur le bas-côté. »
« Le pick-up était garé sur le terrain entre la maison et la grange, confie Kelvin Thompson. Le capot du pick-up était encore chaud. Dans le coffre et à la vue de tous, il y avait une boîte en métal. Nous l’avons ouverte et y avons trouvé de la poudre blanche. A ce moment-là, on se doutait que ça devait être de la méthamphétamine ou de la cocaïne. »
« Ce sont des éléments qui nous laisse entendre qu’il s’agit très certainement d’une affaire de stupéfiants quelconque, déclare Mike Yeager. »
« Grâce au service des immatriculations, nous avons appris que le pick-up avait été acheté dans le comté de Carroll à une cinquantaine de kilomètres d’ici par un certain Clifford Cook, détaille Pete Skandalakis. »
« Nous avons contacté les autorités du comté de Carroll pour savoir si elles connaissaient Clifford Cook, rappelle Kelvin Thompson. Et en effet, ils le connaissaient. Ils l’avaient arrêtés à plusieurs reprises pour des affaires de drogue. Ils nous ont faxé des photos de Clifford et de tous les acolytes qui le connaissaient. Un agent les a amenées sur les lieux du crime. Et lorsque nous avons vu le visage de Clifford Cook, nous avons su que ce n’était pas celui du cadavre de chez Crider. Nous avons ensuite regardé les photos des associés de Clifford Cook. Et là, nous avons eu notre réponse. La personne qui avait été tuée devant la maison des Crider s’appelait David Smith. Il avait déjà été arrêté pour possession de stupéfiants. »
« Au matin du 24 janvier, alors que l’enquête suivait son cours et que nous étions en train de passer la zone sous peigne fin, on nous a appelé, explique Mike Yeager. Un autre homme avait été retrouvé mort à seulement 800m du premier meurtre. Ça sortait complètement de l’ordinaire. »
« Vers 20h35, nous sommes arrivés sur les lieux où le deuxième cadavre a été trouvé, précise Kelvin Thompson. La personne qui avait appelé la police s’appelait Joyce Warren. C’est en allant chez sa grand-mère que Joyce a trouvé le corps dans la grange. »
« Nous sommes allés dans la grange et y avons trouvé un deuxième mort, raconte Mike Yeager. L’homme avait reçu une balle en pleine tête. Et contrairement au premier homicide, nous savions que ce n’était pas un petit calibre. Il avait manifestement été touché à bout portant par un fusil de chasse. »
« C’était un homme blanc qui avait une trentaine d’années, témoigne Kelvin Thompson. En observant le corps de plus prête, je l’ai immédiatement reconnu. C’était Clifford Cook, le propriétaire du pick-up qu’on avait trouvé. »
« Les deux victimes, Clifford Cook et David Smith se connaissaient, se souvient Mike Yeager. Et vu la proximité des deux corps, cela nous a paru évident que ces meurtres étaient forcément connectés. »
« Étant donné qu’on avait abattu Cook dans une grange avec un fusil de chasse et qu’on avait tué Smith chez Crider avec une arme de petit calibre, on avait potentiellement deux suspects différents pour un seul meurtre, poursuit Kelvin Thompson. »
« Nous sommes partis à la recherche de preuves tangibles, ajoute Mike Yeager. »
« Personne ne se rendait à la grange, souligne Kelvin Thompson. Elle était pleine de toiles d’araignée, et le sol était en terre battue. Nous n’avons trouvé aucun indice. Nous avons continué à discuter avec Joyce. Elle nous raconte que dans la matinée, elle était venue sur les lieux pour essayer de retrouver son frère Gerry. Gerry vivait dans une caravane juste à côté de la grange. Elle était passée par la caravane où il n’était pas là. C’est là qu’elle s’est rendue à la grange et qu’elle a trouvé Clifford Cook, l’autre victime, sur le sol. Joyce Warren ne connaissait pas Clifford Cook, ni David Smith. Cela dit, elle était très inquiète au sujet de son frère Gerry qu’elle ne trouvait nulle part. Elle nous avoue qu’il a eu quelques problèmes dans le passé. Et elle voulait s’assurer qu’il allait bien. En se renseignant sur Gerry, nous découvrons qu’il n’est pas inconnu des autorités du comté de Coweta. Il a été impliqué dans des cambriolages et des vols. »
« Par le passé, il a eu des problèmes de drogue, décrit Mike Yeager. »
« Nous avons également appris que Cook et Smith étaient dealers de drogues à leurs heures perdues, indique Pete Skandalakis. »
« Étant donné la boîte de stupéfiants dans le coffre du pick-up, le passé de Gerry Wood et celui des victimes, nous pensons alors qu’il s’agit d’une vente de drogues qui a mal tourné, relate Kelvin Thompson. Et vu la proximité des corps, sachant que l’un des deux a été retrouvé sur la propriété de Gerry Wood, notre instinct nous dit que notre suspect N°1 est certaine Gerry Wood. A ce moment-là, notre priorité était de partir à sa recherche. »
« Alors qu’on essaie de mettre la main sur Gerry Wood, on reçoit un appel radio qui nous signal un
10-41, un meurtre, confie Mike Yeager. »
« Apparemment, on avait un autre double homicide et de nouvelles victimes, déclare Kelvin Thompson. »
« A quelques kilomètres de la propriété de Wood, une femme est rentrée à la maison et a trouvé son mari et son beau-père morts sur le sol, détaille Mike Yeager. On s’est tous regardé sans y croire. C’est pas possible ! Ce genre de chose n’arrive jamais dans le comté de Coweta. »
« D’instinct, on s’est dit que ces meurtres sont connectés, rappelle Bob Ingram. C’est obligé. »
« Et si c’est bien la même personne, le même groupe de personne qui a commis ces homicides, cela signifie qu’on a un tueur en série en liberté, explique Pete Skandalakis. »
« C’est seulement une fois en route vers la deuxième scène de crime que je me suis rendu compte que l’adresse donnée est celle de mon voisin Kevin Rainwater, précise Mike Yeager. Je n’ai pas réussi à y croire jusqu’à ce qu’on arrive. Nous sortons de la voiture. Je vois la belle-sœur de Kevin, Cathy Rainwater, qui se tient à l’extérieur de la maison. Nous y entrons par la porte de côté. La porte a été défoncée à coup de pied. L’encadrement est cassé. Une fois la porte passée, on entre dans le salon. C’est là qu’on voit les corps sans vie de Joe Rainwater, le père de Kevin ainsi que de George Rainwater, le frère de Kevin. Cela m’a profondément chamboulé parce que je connaissais ces gens. C’étaient mes voisins. Au moment de leurs morts, Joe Rainwater était âgé de 59 ans, et son fils George, de 27 ans. On dirait qu’ils ont été allongés au sol et que Joe Rainwater avait reçu une balle derrière son oreille gauche. Il avait un deuxième impact un peu au-dessus. George Rainwater, quant à lui, avait reçu une seule balle dans la tête. »
« George et Joe Rainwater n’avaient pas été tués, mais exécutés, raconte Pete Skandalakis. »
« David Smith et Clifford Cook ont été tués dans une zone rurale de Géorgie, témoigne Kelvin Thompson. »
« A présent nous avons un autre double homicide : Joe et George Rainwater tués à quelques kilomètres du premier, se souvient Pete Skandalakis. Plusieurs homicides en moins de 24h, c’est quelque chose que nous n’avions encore jamais vu. »
« Joe Rainwater et son fils George ont tous les deux été abattus d’une balle dans la tête chez Kevin Rainwater le plus jeune des fils de Joe, poursuit Mike Yeager. Cathy Rainwater, qui est l’épouse de George a trouvé les corps chez Kevin. Cathy et George vivaient tous les deux à l’exploitation laitière qui était un peu plus loin. Elle raconte que lorsqu’elle est rentrée chez elle vers 17h, elle a jeté un œil au pâturage et y a vu que la voiture de George était garée chez Kevin. Elle est allée les rejoindre et elle a eu le choc de sa vie. Nous avons commencé à observer la scène de crime. Nous y avons récupéré trois douilles qui provenaient d’un 9mm. La maison avait été saccagée. Quelqu’un avait fouillé les placards de la cuisine. Et dans le salon, il y avait un canapé qu’on avait retourné sur le côté. Dans chaque chambre, plusieurs tiroirs avaient été vidés comme si quelqu’un avait voulu retourner la maison. »
« Au même moment, nous avons localisé un membre de la famille, Kevin Rainwater, ajoute Pete Skandalakis. Des agents ont été envoyés pour l’emmener sur les lieux. »
« J’en étais au troisième jour de mon nouveau travail, souligne Kevin Rainwater. Ils sont venus me
chercher et ils m’ont ramené chez moi. On rentre dans la cuisine, et je ne voulais pas regarder dans mon salon… parce que quand je suis arrivé, mon frère et mon père étaient là, par terre. Je ne peux pas vous dire ce que j’ai ressenti à ce moment-là. Je ne saurai pas le décrire. J’étais en état de choc, je suppose. »
« Kevin Rainwater était sous le choc et complètement déboussolé quand il a appris que son père et son frère avaient été assassinés dans sa propre maison, décrit Mike Yeager. Au moment du meurtre, il était au travail. Il a donc jamais été un suspect dans cette affaire. »
« Mon grand-père a lancé son exploitation laitière, indique Kevin Rainwater. Des années plus tard, mon père a pris la relève. Mon père, c’était l’homme à tout faire du quartier. Vous avez un problème ? Appelez Joe ! Il viendra vous le régler. »
« Qu’importe l’heure, qu’importe s’il faisait jour ou nuit, il était toujours là et toujours avec le sourire, relate Cathy Adams. »
« Mon frère George avait une petite fille de 4 ans quand ça s’est produit, confie Kevin Rainwater. Sa femme attendait leur deuxième enfant. George savait chanter. Il savait jouer de la guitare. Il savait jouer du piano. »
« George faisait partie d’un groupe de musique, déclare Cathy Adams. Il était adorable. Rien n’a
plus jamais été pareil quand il est mort. Aucune vache ne s’est fait traire. Plus de lait. »
« Pardon… ça fait 31 ans et c’est toujours aussi dur, détaille Kevin Rainwater. »
« Kevin Rainwater a pu venir chez lui et répondre à quelques questions, rappelle Mike Yeager. »
« Ils m’ont demandé pourquoi le canapé était retourné, explique Kevin Rainwater. C’est là que je leur ai dit qu’il y avait un fusil semi-automatique en dessous. »
« Il avait caché un fusil semi-automatique et un fusil de chasse sous le canapé, précise Mike Yeager. On les cherche, mais ils sont introuvables. Il nous amène alors dans la cuisine où il s’aperçoit que le placard dans lequel il avait caché un pistolet était ouvert. »
« Pour résumer, on compte donc trois armes qui manquent : un semi-automatique, un fusil de chasse et un pistolet, raconte Bob Ingram. »
« Chez Kevin, il y avait un poêle à bois qui s’enfonçait dans la cheminée, témoigne Mike Yeager. Sur le poêle, quelqu’un avait laissé son mégot de cigarette, une cigarette Doral. Je me rappelle avoir demandé à Kevin : ‘Tu te souviens avoir laissé une cigarette sur ton poêle ? »
« J’ai répondu à Mike Yeager que lorsque j’ai quitté la maison ce matin-là, ce mégot n’était absolument pas dans la cheminée, se souvient Kevin Rainwater. »
« Kevin a affirmé que ni lui, ni aucun membre de sa famille n’achetait cette marque de cigarette, poursuit Mike Yeager. A cette époque, l’ADN n’était pas pris en compte dans les enquêtes. Mais cette cigarette me faisait cogiter. Alors j’ai demandé à la police scientifique de ramener le mégot avec nous. A ce moment-là, Gerry Wood était un suspect potentiel dans l’homicide de Clifford Cook et David Smith. On essayait de comprendre s’il existait réellement un lien entre ces
deux affaires. »
« Dans le premier double homicide, ils avaient tué avec une carabine et un fusil de chasse, ajoute Bob Ingram. Dans le deuxième double homicide, on avait utilisé qu’une seule arme, et elle était différente. C’était un 9mm. »
« Tout comme dans l’affaire des premiers homicides, on s’est dit qu’il n’y avait sans doute pas qu’un seul coupable qui est impliqué dans le meurtre des Rainwater, souligne Mike Yeager. »
« C’étaient deux hommes adultes, grands, en bonne santé, décrit Bob Ingram. Les avoir contrôlés et avoir pu les allonger l’un à côté de l’autre sur le sol signifiait forcément qu’il n’y avait pas qu’un seul criminel. »
« Il y avait forcément une deuxième personne, voire une troisième dans cette affaire de meurtre, indique Mike Yeager. Il faut absolument les retrouver, les identifier. »
« Michael et Ricky Denny ont grandi en Géorgie dans une zone rurale de South Fulton dans le comté de Fulton, relate Chandler Brown. La famille Denny était composée de six enfants, cinq garçons et une fille. »
« Leur père vivait une vie de hors-la-loi et a abandonné sa famille quand ils étaient encore très jeunes, confie Clay Neely. »
« Leur mère était une mère célibataire qui avait six enfants, déclare Chandler Brown. Elle travaillait comme serveuse dans plusieurs établissements ainsi qu’en maison de retraite pour subvenir aux besoins de sa famille. D’après l’opinion générale, les deux frères aînés, Ricky et Michael été inséparables. »
« Les gens avaient tendance à dire que Michael était méchant, détaille Clay Neely. C’était le plus vieux, mais il ne faisait qu’1m65 et il avait l’air plus petit que le reste de la fratrie. »
« C’est peut-être sa petite taille qui a fait de lui quelqu’un de colérique, rappelle Chandler Brown. Il voulait sans doute compenser et montrer que c’était un gros dur. »
« Mais Michael avait également l’étoffe d’un artiste, explique Clay Neely. Il adorait dessiner et passer son temps à esquisser les choses qui le fascinaient. »
« On disait de Ricky qu’il était violent, mais qu’il adorait la nature, la chasse et la pêche, précise Chandler Brown. »
« Tous les enfants avaient du sang de bandit dans les veines, mais surtout
Michael et Ricky, raconte Clay Neely. »
« Les frères Denny n’avaient pas eu accès à une très bonne éducation, témoigne Julianne Lynn Skipper. D’ailleurs aucun des garçons de la famille n’avaient de travail. »
« Les jeunes garçons ont besoin d’un modèle qui leur apprend la discipline, se souvient Bob Ingram. Quand ils n’en ont pas, typiquement et à l’occurrence quand le père est parti, leur envie de faire des bêtises émergent. »
« Michael et Ricky ont commencé très tôt à commettre des infractions mineures, poursuit Chandler Brown. »
« Cela commence par des délits sans importances comme le vol à l’étalage, ajoute Bob Ingram. »
« A la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte, ils sont passés au vol de véhicules motorisés, souligne Chandler Brown. Ça s’est aggravé avec des crimes plus graves. »
« Ils sont frères de sang, décrit Bob Ingram. Leur relation est très forte. Chaque nouveau crime les rapprochés davantage. »
« Les enquêteurs étudiaient méticuleusement les scènes de crime à la recherche d’indices sur ce qu’il s’était passé, indique Pete Skandalakis. On ne savait pas combien de personnes étaient impliquées. Nous étions également toujours à la recherche de Gerry Wood. C’était le seul suspect que l’on avait dans l’affaire du meurtre de David Smith et Clifford Cook. Gerry avait accès à la scène de crime et avait trempé dans des histoires de drogue. »
« Étant donné le passé de Clifford Cook et de David Smith, nous pensons alors qu’il s’agit d’une vente de drogues qui a mal tourné, relate Kelvin Thompson. »
« Il n’y avait aucune raison de croire que les Rainwater étaient impliqués dans des histoires de drogue ou de quoi que ce soit d’autre du genre, confie Pete Skandalakis. »
« Quant aux Rainwater, tout semblait faire penser à un cambriolage qui avait été interrompu par Joe et George Rainwater, déclare Mike Yeager. »
« Le doute commence à s’installer, détaille Bob Ingram. Les meurtres sont-ils connectés ? ou est-ce que le comté de Coweta a vécu une heure particulièrement sombre ? »
« Dans tous les cas, tout le monde se demandait si les criminels responsables du meurtre de Cook et Smith pouvaient également être ceux qui avaient tué les Rainwater, rappelle Mike Yeager. »
« Le 26 janvier, la sœur de Gerry Wood nous contacte à nouveau, explique Pete Skandalakis. »
« Elle nous explique que depuis tout ce temps, Gerry était dans les bois pour réfléchir, précise Kelvin Thompson. Il venait tout juste de revenir. Elle ajoute que Gerry sait que les enquêteurs veulent lui parler, et il va venir de son plein gré. Je lui fais passer l’interrogatoire au bureau du shérif. Et il nous avoue qu’il connaissait David Smith et Clifford Cook, et que le 23 janvier, il avait prévu de négocier avec eux. »
« Ils devaient se retrouver à la grange, raconte Pete Skandalakis. Wood devait leur fournir des armes en échanges de méthamphétamine. Il nous explique alors que lorsqu’il a goûté la drogue, il est tombé dans les pommes. »
« Gerry a eu l’impression qu’ils avaient voulu lui faire subir une overdose pour essayer de le voler, témoigne Mike Yeager. »
« Du point de vue de Gerry, ils avaient essayé de le tuer, se souvient Kelvin Thompson. »
« C’est là qu’il a pris le fusil et la carabine et qu’il les a retrouvés, poursuit Pete Skandalakis. Ils étaient toujours dans la grange. »
« Il a d’abord tiré sur Cook, et le tir l’a atteint droit à la tête, ajoute Kelvin Thompson. Smith s’est enfui dans les bois. Gerry l’a poursuivi armé de la carabine et lui a tiré dessus jusqu’à ce que mort s’en suive. Après avoir écouté le témoignage de Gerry, nous avons réalisé que c’était bien lui le tireur solitaire de cette affaire. »
« Ce que nous ignorions, c’est si oui ou non ces deux premiers homicides étaient connectés au meurtre de Joe et George Rainwater, souligne Pete Skandalakis. »
« Alors on a demandé à Gerry s’il connaissait Joe et George Rainwater, décrit Kelvin Thompson. Il
a répondu : ‘Oui, je les connais tous les deux.’ »
« Dans le passé, il avait travaillé à l’exploitation laitière qui appartenait aux Rainwater, indique Mike Yeager. Quand on lui a dit que Joe et George avaient été tués, il a eu l’air assez choqué. »
« Gerry affirme ne rien savoir du meurtre des Rainwater, relate Kelvin Thompson. Il nous explique qu’après avoir tué Clifford Cook et David Smith, il s’est enfui dans les bois et s’y est caché. Il y était encore quand les Rainwater ont été tués. Gerry est alors inculpé des meurtres de David Smith et Clifford Cook. »
« Le 27 janvier, nous considérons l’affaire Cook et Smith comme classée, confie Pete Skandalakis. Gerry Wood s’est déclaré coupable des homicides. »
« A présent, nous devons travailler sur l’affaire Rainwater et la traiter de manière séparée, déclare Mike Yeager. Nous avons été sonnés à toutes les portes du voisinage des Rainwater. Nous avons pu parler avec Evelyn Hall qui habitait à l’angle de chez Kevin Rainwater. De chez elle, elle pouvait voir l’allée de Kevin. Evelyn Hall nous raconte que le jour du meurtre des Rainwater, alors qu’elle faisait la vaisselle, elle a jeté un œil par la fenêtre et y a vu une camionnette blanche se garée dans l’allée de Kevin. »
Evelyn Hall a appelé Ann Houston, la sœur de Joe, qui habitait en face de chez Kevin Rainwater. Ann Houston a vu un homme près de la camionnette. Elle a téléphoné à l’épouse de Joe Rainwater, qui a vraisemblablement contacté Joe et George Rainwater. Les deux hommes se sont rendus séparément chez Kevin et sont arrivés alors que la camionnette est encore sur place.
« Mais Evelyn Hall n’a pas vu ce qui est arrivé par la suite, détaille Mike Yeager. La camionnette blanche a été vue aux environs de 14h30. Ce qui laisse penser que c’est à cette heure-ci que les meurtres ont été commis. »
« Il faut qu’on la retrouve, rappelle Pete Skandalakis. Elle pourrait nous aider à retrouver la trace des coupables. On demande alors aux autorités locales de rester sur le qui-vive. »

« Trois jours après le meurtre de George et Joe Rainwater, nous avions une bonne piste, explique Pete Skandalakis. Un témoin avait vu une camionnette blanche sur la scène de crime. »
« Nous avons parlé aux journalistes et avons lancé un avis de recherche pour la camionnette blanche qui avait été vu devant la maison de Kevin, précise Mike Yeager. Un jour, nous avons reçu un appel très intéressant. Au bout du fil, un homme, qui était le pasteur de l’église du village et habitait à quelques kilomètres de Rainwater, nous a dit que le 24 janvier 1990 à 13h30, une camionnette était garée chez lui dans son allée. C’était avant qu’une camionnette blanche ne soit vue dans l’allée de Rainwater. Il a entendu toquer à la porte d’entrée. Il est allé ouvrir et a fait la rencontre d’un homme blanc qui n’avait pas l’air très propre sur lui. L’inconnu avait l’air à la fois surpris et stressé. Il lui a demandé où il pouvait trouver la maison d’un certain Hunter. Le pasteur lui a dit qu’aucun Hunter ne vivait dans les environs. Il nous explique c’était très étrange. L’inconnu se tenait bizarrement. L’homme lui a dit qu’il ne se sentait pas très bien. Et ensuite, il a tourné les talons, est remonté dans sa camionnette et a quitté les lieux. Le pasteur n’aurait pas su dire s’il était accompagné d’autres personnes. Nous lui avons demandé s’il pouvait s’entretenir avec un artiste pour lui décrire cette personne. Il a accepté. Lorsque l’artiste a montré son portrait-robot au pasteur pour la première fois, il a immédiatement répondu : ‘C’est lui.’ On était très contents. Nous avions le portrait-robot d’un suspect et le croquis d’une camionnette. On est alors retournés parler aux journalistes qui ont diffusé ces images en espérant que cela nous donnerait d’autres pistes. Mais ça a été déception après déception. »
« On appelait le bureau du shérif pour leur demander comment ça avançait, raconte Cathy Adams. »
« On nous répondait qu’on vous jure qu’on y travaille, témoigne Kevin Rainwater. Pour l’instant, on n’a pas grand-chose d’utile. De temps en temps, les gens nous disaient qu’ils avaient peut-être une piste. Mais ça n’aboutissait jamais. »
« Toutes les pistes que nous avons eu ont été suivies, se souvient Pete Skandalakis. Rien n’a été
ignoré. »
« Il n’y avait tout simplement aucun suspect, poursuit John Lewis. Nous n’avions toujours aucune idée de ce qui était arrivé ce jour-là et de qui était impliqué dans le meurtre. »
« Les mois, les années ont passé, ajoute Mike Yeager. Toute l’affaire a pris la poussière. »
« A la fin des années 90, on a accueilli une avancée technologique qui nous a permis d’obtenir de plus en plus de preuves au niveau des traces d’ADN, souligne Pete Skandalakis. »
« La seule chose valable qu’on a gardé de l’affaire Rainwater, c’est un mégot de cigarette, décrit Mike Yeager. Qu’est ce qu’on avait à perdre à essayer. Alors on l’a fait analyser. »
« Un jour, je reçois ce mégot de cigarette au laboratoire de police scientifique, indique Cinnamon Higgins. Je lui fais passer un test pour détecter la moindre présence de salive. Et c’est un vrai miracle. Le test est positif. C’est vraiment incroyable qu’il reste encore de la salive sur ce mégot de cigarette des années après que les meurtres ont eu lieu. A partir de cette salive, nous sommes parvenus à isoler un profil génétique. »
« On s’est dit : ‘Allez , relate Mike Yeager. Allez ! On va le choper !’ »
« Mais le problème, c’est que le système est si jeune que l’ADN ne trouve aucune correspondance dans notre base de données, confie Cinnamon Higgins. On ne sait pas à qui il appartient. »
« On se demande : ‘Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?’ Et ils nous répondent : ‘Trouvez la personne qui a l’ADN qui correspond.’ Et c’est reparti pour un tour, déclare Mike Yeager. On recommence depuis le début, mais cette fois on a une piste. A partir de là, on a analysé l’ADN de tous les potentiels suspects, mais c’est négatif sur négatif sur négatif. »
« En 2000, le laboratoire de police scientifique de Géorgie a fait analyser l’ADN de tous les criminels en détention, détaille Cinnamon Higgins. Ils ont été enregistrés dans la base de données génétiques. L’ADN retrouvé était constamment comparé à ceux du système avec espoir de trouver une correspondance. »
« Le 14 décembre 2001, le laboratoire scientifique nous appelle, rappelle Mike Yeager. On nous dit : ‘On l’a trouvé. Ça ne fait aucun doute. On a une correspondance sur l’ADN du mégot. »
« La correspondance a été attribuée à Michael Denny, explique Cinnamon Higgins. »
« Cela faisait seulement deux jours que l’échantillon avait été prélevé, précise Mike Yeager. Ce nom n’avait même pas été mentionné une seule fois dans cette affaire. Mais ce qu’on pourrait dire avec certitude, c’est qu’il avait cette cigarette entre les lèvres sur la scène de crime. Il fallait absolument qu’on enquête sur Michael Denny. »
« On a ouvert son casier judiciaire pour voir ses arrestations passées, raconte Larry Duren. »
« Michael Denny était détenu à la prison du comté de Jones dans le Mississipi pour un cambriolage qui nous avait permis de récupérer son ADN, témoigne John Lewis. C’était un bandit professionnel. »
« Dans son casier judiciaire, l’arrestation la plus étrange que nous avons trouvé a eu lieu tout près de chez nous, en Géorgie, dans le comté de Spalding, se souvient Mike Yeager. »
« Michael Denny avait été arrêté avec son frère Ricky Denny ainsi qu’un homme du nom de Russell Brown pour un cambriolage opéré le 31 janvier 1990, soit 7 jours après le meurtre des Rainwater, poursuit Larry Duren. Quand on les a arrêtés, ces hommes étaient dans une camionnette blanche.
Elle ressemblait trait pour trait à celle qui avait été vue devant la maison des Rainwater. C’était également celle que le pasteur avait vu le jour où ils ont été tués. »
« On s’est penché sur le croquis qui avait été fait et l’a comparé aux photos de l’arrestation, ajoute John Lewis. »
« Brown Russell ressemblait à l’inconnu qui avait été toqué chez le pasteur le 24 janvier 1990, souligne Mike Yeager. »
« Ces trois ont été arrêtés ensemble lors d’un cambriolage près de Coweta, décrit John Lewis. C’est totalement logique de penser qu’ils soient tous les trois impliqués dans le meurtre des Rainwater. »
« En décembre 2001, après 12 longues années d’enquête, nous avions enfin des suspects dans l’affaire Joe et George Rainwater, indique Mike Yeager. Il y avait Michael Denny, son frère et un troisième homme, Russell Brown. »
« On a également regardé leurs casiers judiciaires, relate John Lewis. »
« Michael Denny était un bandit professionnel, confie Larry Duren. Il avait été arrêté plus d’une fois en Géorgie pour agressions, cambriolages, vols en tout genre. »
« En regardant le dossier de Ricky Denny de plus près, on a appris que le frère de Michael Denny avait un passé criminel très violent qui s’était encore enrichi après le meurtre des Rainwater, déclare John Lewis. Ricky Denny avait mis en détention par le tribunal correctionnel de l’État de Géorgie. Il s’était battu avec quelqu’un dans un restaurant et lui avait planté une lame dans le ventre. Il purgeait une peine de cinq ans. »
« Toute leur vie, les frères Denny à la fois ensemble et séparément, détaille Chandler Brown. Michael Denny s’est fait arrêter en 1974 alors qu’il avait 18 ans pour un vol de véhicule motorisé. Quelques mois plus tard, son frère cadet Ricky a fait de la prison pour cambriolage. »
« Ils étaient si proches qu’ils voulaient poursuivre la même vie de hors-la-loi, rappelle Mike Yeager. On aurait dit que, à chaque fois que l’un faisait un sale coup, l’autre était derrière lui. »
« Ils ont passé leur vie à commettre des crimes en partant du vol et de la petite agression pour arriver à l’agression à main armée, explique John Lewis. »
« Les frères Denny n’ont jamais arrêté avant qu’il ne soit dans la trentaine, précise Bob Ingram. A chaque arrestation, à chaque détention, ils gagnaient en expérience criminelle. Ils devenaient plus malins. Ils ont affiné leur expertise. Ce n’est pas une histoire de coup de sang. C’est une évolution. »
« Michael et Ricky étaient des criminels endurcis qui avaient passé leur vie à être arrêtés, raconte Larry Duren. Par contre, Russell, qui avait fait de la prison suite au cambriolage dans le comté de Spalding, n’avait jamais rien fait d’autre. »
« Russell Brown avait l’air de s’être remis sur le droit chemin, témoigne John Lewis. Cela signifiait qu’il était sans doute la meilleure personne à qui s’adresser. On a alors pris la décision de l’interroger en premier. Au début de janvier 2002, Russell Brown est venu au bureau du shérif pour nous parler. On s’est assis et on l’a interrogé. »
« On a posé la photo qu’on avait de la maison de Kevin Rainwater sur la table en face de lui, se souvient Larry Duren. »
« Il a baissé la tête, poursuit John Lewis. On a tout de suite compris le poids qui avait pesé sur ses épaules. Il nous a dit :’Je savais que ce jour viendrait.’ Et il nous a tout raconté sur qu’il s’était
passé. »
« Russell Brown explique qu’en 1990, il travaillait avec les frères Ricky et Michael Denny, ajoute Larry Duren. »
« Ils posaient de la moquette dans tout Atlanta, souligne John Lewis. Russell consommait de la drogue. Ils ont pris de la méthamphétamine et prenaient toutes les mauvaises décisions. »
« Russell affirme qu’il ne connaissait pas vraiment Michael et Ricky Denny, décrit Mike Yeager. Ils se sont simplement retrouvés ensemble et ont fait quelques cambriolages, quelques vols par-ci, par-là pour pouvoir s’acheter de la drogue. »
« Il nous décrit Ricky comme l’autoritaire du groupe, et Michael comme le méchant, indique John Lewis. Russell Brown déclare que le 24 janvier 1990, Ricky, Michael et lui faisaient le tour du comté de Coweta à bord d’une camionnette blanche. »
« Ils avaient un pistolet, le 9mm, qu’ils se sont passés les uns aux autres, relate Larry Duren. »
« Ils étaient à la recherche de n’importe quelle maison qui puisse être libre de son propriétaire, ajoute John Lewis. Ils préféraient les zones rurales, car c’est surtout à la campagne que les gens ont des armes. Et les armes, ça se vend très facilement, et pour très cher. »  
« Russell a confirmé qu’il était l’inconnu qui a été toqué chez le pasteur avant d’aller chez Kevin Rainwater, confie Mike Yeager. Étant donné que le pasteur était chez lui, ils sont partis. »
« Quand ils sont arrivés devant la maison de Rainwater, personne n’était là, déclare John Lewis. »
« La maison était quelque peu isolée, détaille Mike Yeager. Les frères Denny pensaient avoir trouvé l’endroit idéal. »
« Il raconte que, quand ils ont passé le porche, Ricky a défoncé la porte d’entrée, rappelle Larry Duren. Ils sont alors rentrés. »
« Russell indique qu’au bout d’à peine cinq minutes à l’intérieur, ils entendent deux véhicules se garer dans l’allée, explique John Lewis. Il y a deux personnes dehors. »
« Ils devaient s’enfuir, mais il ne fallait pas du tout laisser de témoin oculaire, précise Mike Yeager. »
« Ils sortent tous les trois de la maison, et c’est là qu’ils trouvent George Rainwater avec une carabine et Joe Rainwater devant son pick-up, raconte John Lewis. »
« Joe Rainwater pointe directement sa carabine sur Ricky Denny, témoigne Mike Yeager. »
« Ricky pointe son pistolet sur les deux Rainwater, se souvient Larry Duren. »
« Sur le terrain, c’est un vrai duel qui se joue entre les Rainwater, les frères Denny et Russell Brown, poursuit Mike Yeager. »
« Russell nous explique que les Rainwater étaient impuissants, ajoute Larry Duren. »
« Il a pris la carabine des mains de George et les a forcés à rentrer tous les deux dans la maison, souligne John Lewis. »
« Une fois à l’intérieur, Ricky Denny a demandé à George et Joe Rainwater de s’allonger sur le sol, décrit Mike Yeager. Et, d’après Russell Brown, ils ont obéi. »
« Russell explique que Ricky a donné le pistolet à Michael, indique Larry Duren. Ensuite, Michael a posé la cigarette qu’il fumait et s’est préparé. »
« A partir de là, Michael a pris le pistolet et a tiré une balle dans la tête de Joe Rainwater alors qu’il était à plat ventre sur le sol, relate John Lewis. Ricky s’est aperçu que Joe bougeait encore et l’a fait savoir à Michael : ‘Tire encore une fois ! »
« Alors Michael lui a tiré dessus une seconde fois, confie Mike Yeager. »
« George Rainwater les a suppliés de le laisser en vie, de ne pas le tuer, déclare John Lewis. »
« D’après Russell Brown, Michael Denny s’est tourné vers George Rainwater et l’a abattu d’une balle dans la tête, détaille Mike Yeager. »
« Apparemment, Russell était en état de choc, rappelle John Lewis. Il était terrifié. Il ne savait pas quoi faire. »
« Ils ont ensuite pris les armes, sont remontés dans la camionnette et ont quitté le comté de Coweta, explique Larry Duren. »
« Russell affirme qu’il a surtout continué à travailler avec les frères Denny parce qu’il avait peur pour sa vie. Il pensait qu’ils allaient le tuer s’il ne leur obéissait pas. Alors ils ont continué à cambrioler jusqu’au moment où ils se sont fait arrêter dans le cambriolage d’un immeuble du comté de Spalding. »
« Ce n’est que lorsque Russell s’est libéré de Michael et Ricky Denny, et qu’il est sorti de prison, qu’il est retourné sur le droit chemin et a vécu une vie paisible sans jamais revoir les Denny, précise Mike Yeager. »
« Pendant l’interrogatoire, Russell avait l’air très crédible, raconte John Lewis. Ces informations correspondaient à celles qu’on avait pu tirer de la scène de crime. »
« Après 12 ans de questions sans réponses, on a enfin découvert la vérité, témoigne Mike Yeager. On a enfin pu savoir ce qui était arrivé. On allait faire payer Ricky et Michael Denny pour ce qu’ils avaient fait. »
« Enfin, après 12 ans sans savoir ce qui avait bien pu se passer chez Kevin Rainwater, on avait la déposition de Russell Brown, l’ADN de Michael Denny et toutes les informations qui laissaient penser qu’on avait une fratrie de meurtriers sous les bras, se souvient John Lewis. »
« On savait aussi que Ricky Denny et Michael Denny purgeaient leurs peines en prison à ce moment-là, poursuit Larry Duren. »
« A la mi-janvier, on s’est rendu à la prison du comté de Jones pour interroger Michael Denny, ajoute John Lewis. »
« Il avait l’air très froid, très calculateur, un vrai criminel endurci, souligne Larry Duren. On lui dit qu’on enquête sur deux homicides qui ont eu lieu en 1990 au Coweta. »
« Il nous dit qu’il n’est jamais allé dans le comté de Coweta, décrit John Lewis. »
« Michael Denny peut dire ce qu’il veut, indique Mike Yeager. Mais nous avons la preuve irréfutable que ses lèvres s’y sont baladé au moins une fois grâce à l’ADN que nous avons prélevé sur le mégot d’une cigarette. »
« Il a alors demandé la présence de son avocat et s’est tût, relate John Lewis. »
« Le jour suivant, le tribunal correctionnel a fait en sorte que l’on rencontre Ricky Denny, confie Larry Duren. »
« Il a demandé pourquoi, déclare John Lewis. On lui a répondu qu’il y avait un meurtre à Coweta. »
« Dès qu’on a commencé à parler de l’affaire Rainwater, il a arrêté de parler et a conclu l’interrogatoire en disant :’Je n’ai jamais tué personne.’, détaille Larry Duren. »
« Les frères Denny pensaient qu’ils s’étaient tiré d’affaire, rappelle John Lewis. Mais à présent, ils savaient qu’ils avaient commis une erreur fatale comme laisser un témoin en vie ou une cigarette sur le poêle. Ils savaient que tout allait s’effondrer. Tout ce qu’ils avaient fait aller être découvert. »
Le 24 janvier 2002, un grand jury du comté de Coweta a inculpé Michael Denny, ainsi que son frère Ricky Denny, pour plusieurs chefs d’accusation, notamment meurtre avec préméditation, cambriolage et vol à main armée.
« Avant que le procès ne s’ouvre, nous avons conclu un accord avec Russell Brown, explique Pete Skandalakis. On lui a proposé de plaider coupable au cambriolage en échange il devrait donner un témoignage honnête au sujet du meurtre de George et Joe Rainwater. 12 ans après le meurtre de George et Joe Rainwater, le grand jury rend son verdict. Il déclare Michael et Ricky Denny coupables de meurtre et de cambriolage. »
« Lorsque les frères Denny ont été inculpés, ça a redonné un peu d’espoir à toute la famille, précise Kevin Rainwater. Il y avait enfin de la lumière au bout du tunnel. On savait comment et pourquoi ils étaient morts. »
« Les frères Denny ont plaidé non coupables, ce qui a motivé l’ouverture du procès, raconte Ray Mayer. Le procès des frères Denny a commencé au début de l’année 2004. Ni Ricky, ni Michael n’ont voulu témoigner à leur procès. »
« Michael Denny n’a jamais eu l’intention de témoigner dans cette affaire, témoigne Julianne Lynn Skipper. Il a immédiatement laissé son destin entre les mains de ses avocats. »
« Le 13 février 2004, le jury se retire pendant trois heures et déclare Michael et Ricky Denny coupable de meurtre avec circonstances aggravantes de vol à main armée et de cambriolage, se souvient Pete Skandalakis. Ils sont condamnés à plusieurs peines de réclusion à perpétuité dans le système pénitentiaire de Géorgie. Ces deux personnes allaient passer le reste de leur vie en prison. »
« Quand ils sont déclarés coupables de toutes les charges, j’ai eu l’impression de pouvoir respirer… pour la première depuis très longtemps, poursuit Kevin Rainwater. »
« Tout au long de cette enquête, nous voulions résoudre cette affaire pour plusieurs raisons, y compris apporter une réponse à la famille pour qu’ils puissent faire leur deuil, ajoute Mike Yeager. Nous voulions aussi que tous les enquêteurs qui avaient travaillé sur cette affaire pendant 12 longues années puissent être apaisés. Je l’ai été, moi. Je me souviens quand ma femme m’a demandé : ‘Alors ? Comment tu te sens ?’ Et j’ai répondu : ‘Le ciel est enfin bleu. Les pâturages ont retrouvé leur beauté.’ J’étais enfin en paix. »
« Maman, papa et George ne sont peut-être plus là aujourd’hui, mais ils sont toujours avec moi, souligne Kevin Rainwater. Ils veillent sur ma famille. Ils veillent sur moi. Un jour, je les reverrai. »

@ker_gauthier