Le Memorial Hospital est un bâtiment de 8 étages pouvant accueillir jusqu’à 485 patients. Il est situé dans le centre-ville animé de Colorado Springs. En automne 1999, l’hôpital, tout comme la ville qui l’entoure, est en pleine expansion.
« Le Memorial Hospital était un hôpital renommé, explique Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. C’était le plus grand hôpital de Colorado Springs. Et il avait une très bonne réputation. »
« À l’époque, c’était simplement un hôpital de ville qui proposait tous les services médicaux, raconte Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. C’était le meilleur endroit où aller. »
Le matin du 5 novembre n’est pas différent des autres jours. Le personnel de soutien commence sa journée de travail à 9h.
« Je travaillais en cuisine, précise Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. J’aidais les patients à suivre leur alimentation adaptée et en commandant les repas. j’étais aussi à la répartition et à l’organisation des plats de repas. »
Ce matin-là, Oscar Burnett est responsable des activités en cuisine.
« Oscar était très intelligent, témoigne Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Il voulait être ami avec tout le monde. »
Parmi le personnel en nutrition, il y a Jennifer Watkins.
« Jennifer apportait des chariots de repas là où ils devaient être distribués, puis les récupérait, se souvient Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
Et le cuisinier Curtis Broussard.
« Curtis était un peu tapageur, indique Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. C’était un monsieur ‘Je-sais-tout’. Il avait toujours l’air insouciant, mais il travaillait dur. Il y avait de nombreuses tâches différentes à faire en cuisine. Donc on ne faisait pas tout le temps le même travail. Un jour, on pouvait travailler à la cafétéria, et le lendemain, on préparait la salade en cuisine. On pouvait aussi gérer les plateaux et les apporter aux patients dans leur chambre. On évoluait. Mais tout le monde se connaissait. On pouvait croiser les infirmières et les médecins. Si on avait un problème de canalisation, on appelait la maintenance pour qu’un plombier vienne nous aider. Les femmes de chambre faisaient les lits et nettoyaient les sols. Les agents de sécurité s’assuraient que les portes et les bureaux étaient bien fermées. »
Le chef de la sécurité Derrick Barnes doit assurer la sécurité des patients et du personnel de l’hôpital.
« On le croisait très souvent dans les couloirs, décrit Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Il ne portait pas d’uniforme de policier ou d’agent de sécurité. Beaucoup de personnes empruntaient les mêmes couloirs, les médecins, les infirmières, les patients ainsi que les visiteurs. Tout le monde prenait les mêmes chemins. On croisait plein de monde en une journée de travail. Ce jour-là, tout le monde travaillait. Comme il y avait eu beaucoup d’admissions à l’hôpital, ça nous semblait normal. »
Les heures passent. La journée de travail se termine vers 18h30. Mais à cette heure-là, le personnel de cuisine et les employés en nutrition remarquent quelque chose d’anormal.
« À 19h, les chariots que Jennifer aurait dû rapporter en cuisine n’étaient pas là, souligne Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Ils se trouvaient toujours dans un couloir du premier étage. Le manager était un peu déconcerté, mais ils s’en sont chargés et ils les ont ramassés, sans vraiment comprendre ce qui avait pu se passer. »
Pendant ce temps, la famille de Jennifer Watkins, employée au service nutrition, commence à s’inquiéter. À 20h, Jennifer n’est toujours pas rentrée du travail et n’est pas allée récupérer ses deux enfants.
« Jennifer déposait ses enfants chez sa mère pour qu’elle les garde de la journée pendant qu’elle était au travail, ajoute Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Son mari Michael faisait partie de l’équipe de nuit. Quand il quittait le travail, il rentrait pour dormir. Tant qu’il ne pouvait pas s’occuper des enfants, la mère de Jennifer s’en chargeait. À la fin de sa journée, il rentrait chez lui, appelait la mère de Jennifer et allait chercher les enfants. »
« Michael Watkins travaillait lui aussi au Memorial Hospital, observe Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Il faisait partie de l’équipe de nuit au service d’entretien. Il a appelé sa belle-mère Irene, la mère de Jennifer, et lui a demandé si Jennifer avait récupéré les enfants. Elle a répondu qu’ils étaient toujours chez elle. »
« Michael s’est rendu à l’hôpital et s’est mis à la chercher, relate Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Il a demandé à son entourage si quelqu’un savait où elle était. »
« Il la cherchait partout, déclare Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Il était très inquiet et très angoissé. »
Michael et Irene signalent sa disparition auprès de la police de Colorado Springs, qui était en premier lieu réticente à lancer une enquête.
« En fait, elle avait disparu trop récemment pour que la police ne prenne leur appel au sérieux, poursuit Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. D’ordinaire, la police préfère attendre 24h.»
« À cette époque, nous ne pouvions pas déployer beaucoup de moyens, confie Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Sauf s’il nous parvenait des informations suspectes qui auraient laissé penser que la disparition de Jennifer avait quelque chose d’anormal. »
« Mais au bout d’un moment, Irene a commencé à s’inquiéter, rappelle Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Sa fille avait disparu. Rien de tout ce qui se passait n’était normal. Il était temps qu’elle trouve une personne qui l’écoute attentivement. »
Le lendemain matin, les enquêteurs agissent suite aux inquiétudes d’Irene et partent interroger les collègues de Jennifer à l’hôpital.
« À l’époque, les employés de l’hôpital se garaient sur un parking un peu plus loin, détaille Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. La voiture de Jennifer s’y trouvait toujours.»
« Sa voiture était toujours à l’hôpital, explique Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Et elle n’est jamais rentrée chez elle. »
« La dernière personne qui l’a vue était son supérieur, raconte Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. C’était aux alentours de 18h. »
Étant donné que les chariots étaient toujours dans le couloir, les enquêteurs supposent que Jennifer a disparu sur son temps de travail. Et puisque sa voiture se trouve encore à l’hôpital, soit elle est encore dans le bâtiment, soit elle est partie par un autre moyen.
« La première rumeur que j’ai entendue disait qu’elle était partie à pied pendant ses heures de travail et qu’elle n’était pas revenue, précise Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Et puis, son mari est arrivé. Il la cherchait parce qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Son mari accusait à tout va, comme quoi quelqu’un lui aurait fait du mal. Elle avait dû se faire kidnapper parce que ce n’était pas normal et qu’il allait découvrir ce qu’il se passait. »
Les enquêteurs interrogent les amis et la famille de Jennifer et dressent le portrait de la jeune femme de 23 ans, mère de deux enfants, Michael Jr., âgé de 3 ans, et Mariah, âgée de 11 mois.
« Elle était discrète, témoigne Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Elle était très sympathique. Elle apprenait son travail en observant. »
« Elle était très appréciée, se souvient Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Elle faisait bien son travail. Et elle avait pour ambition de devenir ambulancière. »
« À l’hôpital, tout le monde avait compris qu’elle travaillait très bien, indique Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. C’était une mère active. Et elle semblait très heureuse. »
Étant donné que tout le monde atteste qu’elle est une mère dévouée, les enquêteurs doutent fortement qu’elle ait pu prendre la fuite et quitter la ville. Mais aucune trace de la jeune femme n’est retrouvée dans l’hôpital ou aux alentours jusqu’au 8 novembre, deux jours plus tard.
« Deux agents de maintenance ont été envoyés au huitième étage pour une réparation, décrit Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Le huitième étage était un peu la partie secrète de l’hôpital. Il donnait accès à l’héliport. Il fallait obtenir une autorisation spéciale pour y accéder. Lorsque les agents ont monté les escaliers, ils ont remarqué une odeur étrange. Ça sentait un peu l’animal mort. Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire. Et quand ils sont revenus vers la cage d’escalier, l’odeur leur a de nouveau pris le nez. Ils ont commencé à chercher d’où ça pouvait venir. C’était peut-être un cadavre de raton laveur. Il y avait quelque chose emballé dans du plastique. C’était un cadavre. »
« Le 8 novembre 1999, vers 10h00, alors que des enquêteurs se trouvaient au Memorial Hospital pour mener des entretiens dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Jennifer Watkins, ils furent
informés de la découverte d’un corps sous une cage d’escalier, dans une zone de l’hôpital en travaux, souligne Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs.»
« Ils ont d’abord appelé la sous-sécurité de l’hôpital, puis directement la police, ajoute Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
« Des agents de police ont répondu, observe Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Le corps avait glissé sous les escaliers. Il était vraiment bien caché. On ne pouvait pas le voir directement en entrant dans la cage d’escalier. »
« Des enquêteurs de la brigade des homicides de la police de Colorado Springs, du laboratoire de police scientifique Metro Crime Lab et du bureau du médecin légiste du comté d’El Paso furent dépêchés sur les lieux, relate Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. Après avoir retiré le plastique, les enquêteurs découvrirent le corps sans vie d’une femme blanche adulte aux cheveux bruns. La victime portait une blouse d’uniforme bleu sarcelle, un chemisier violet et un pantalon noir. »
« Elle avait des ecchymoses à la tête et sur le corps, déclare Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Le corps était très gonflé, poursuit Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Il était là depuis un certain temps. »
« Curieusement, le pantalon de la victime était baissé, confie Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« On a donc envisagé la possibilité que la victime ait été violée avant d’être tuée, rappelle Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Les enquêteurs présents sur la scène du crime ont méticuleusement analysé les lieux. Nous avons récupéré de nombreuses pièces à conviction : le plastique, les vêtements, ainsi que des prélèvements de fluides corporels. L’un provenait de l’intérieur du corps et l’autre a été retrouvé sur la bâche. »
Même si la victime ressemble à Jennifer Watkins, l’identité du corps doit être confirmée par le bureau des experts légistes. En attendant, les enquêteurs interrogent le chef de la sécurité de l’hôpital, Derrick Barnes. Est-il possible que le réseau de caméras de surveillance ait pu filmer le meurtre ?
« Il y avait des caméras partout, aux étages des chambres des patients, dans les salles d’opération, dans le local infirmier, détaille Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Il y en avait même dans la cuisine. »
Il faudrait des jours pour visionner toutes les vidéos. Mais les enquêteurs espèrent que les protocoles de sécurité apporteront de nouveaux indices.
« On nous avait informé auparavant que l’accès à cette cage d’escalier et au huitième étage était restreint, explique Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Seulement quelques individus possédaient le jeu de clés qui leur permettait d’accéder à l’escalier. Les agents de maintenance, de construction ou d’entretien en faisaient partie. »
« Cet escalier n’était pas emprunté, car la plupart des employés de l’hôpital n’avaient pas de raison de monter toit où se trouvait l’héliport, raconte Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
Jennifer n’avait pas le jeu de clés de cet étage. On l’avait donc conduite là-bas ou bien quelqu’un qui avait une clé l’y avait emmenée de force.
« Ceux qui avaient accès à cette cage d’escalier avaient accès à Jennifer, précise Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
Les
enquêteurs interrogent des agents de l’équipe de maintenance de
l’hôpital. Parmi eux, Joseph Doram, Ricky Severt et Michael Simmons.
« Nous voulions interroger le département de la maintenance parce qu’on nous avait informés que cette équipe avait accès à la cage d’escalier, témoigne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. On leur avait donné un jeu de clés pour qu’ils puissent faire leur travail. »
Ces agents de maintenance ont toujours ces jeux de clés sur eux. Les trois hommes affirment ne pas être allés au huitième étage ce soir-là et ne pas avoir parlé à Jennifer à part pour la saluer.
« Personne au sein du département de la maintenance n’avait de raison d’alerter les forces de police, se souvient Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Chacun de ces hommes faisait seulement son travail. Ils le faisaient bien, et ce, depuis longtemps. »
Tandis que les enquêteurs traquent les personnes qui possèdent les clés du huitième étage, le médecin légiste procède à l’autopsie de la victime.
« Le plus triste dans cette histoire, c’est que Jennifer avait déjà souffert d’une blessure à la tête, indique Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Je doute que son meurtrier n’ait été au courant. Mais sa boîte crânienne était déjà sérieusement endommagée. Apparemment, elle avait un point sensible. Alors, quand son agresseur l’a violemment battue, il aurait porté le coup fatal sur ce point sensible, là où elle était le plus vulnérable. »
« Le bureau du médecin légiste du comté d’El Paso a terminé l’autopsie de la défunte, qui a été formellement identifiée comme étant Jennifer Watkins, explique Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. Le médecin légiste du comté d’El Paso de l’époque, le Dr David Bowerman, a indiqué que la victime était décédée des suites d’un « traumatisme contondant » à la tête. Sa mort a été classée comme un homicide. »
Aucune arme du crime n’est retrouvée et aucune blessure ne prouve une agression sexuelle. En revanche, deux échantillons différents de sperme ont été identifiés. L’un a été récupéré dans le corps
et l’autre sur la bâche en plastique. Les enquêteurs envoient les échantillons à la base de données ADN fédérale en espérant trouver des correspondances. Au même moment, l’identité de la victime est confirmée grâce à ses empreintes.
« Cette femme était bel et bien Jennifer Watkins, décrit Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Cette jeune femme, elle avait seulement 23 ans, souligne Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Elle menait une vie pleine de joie avec ses deux petits êtres qui l’adoraient. Et désormais, elle n’était plus qu’un cadavre battu à mort. »
La nouvelle de la mort de Jennifer se répand rapidement au sein du personnel hospitalier très soudé.
« Ça m’a rendu triste, ajoute Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Ça a dû profondément affecter sa famille. C’était la fille de quelqu’un. Il y avait beaucoup de jeunes femmes qui travaillaient dans la cuisine de cet hôpital. Et elles étaient terrifiées à l’idée qu’un tueur fou soit en liberté et s’en prenne à de jeunes filles comme elles. »
« Le personnel d’un hôpital forme souvent une très grande famille, observe Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. C’est comme un deuxième foyer. Mais dans cette affaire, l’un d’entre eux avait été attaqué. »
Alors que les collègues et amis de Jennifer sont sous le choc, les enquêteurs passent en revue les caméras de surveillance pour trouver des réponses.
« Il y avait beaucoup de caméras dans l’hôpital, relate Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Mais la qualité de l’image de ces vidéos était si mauvaise qu’il était quasiment impossible de percevoir s’il y avait bien quelqu’un à l’image, et encore moins de qui il s’agissait, déclare Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Malheureusement, les caméras de vidéosurveillance ne nous ont pas fourni de preuves concluantes, poursuit Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Nous n’avons pas réussi à localiser Jennifer sur aucune des images vidéo. C’était très décourageant pour nous. »
Les proches de Jennifer sont anéantis. Lorsque les enquêteurs passent en revue leurs témoignages, leurs soupçons convergent vers un même individu.
« La mère de Jennifer, avec ses collègues, disait que les relations entre Jennifer et son mari n’étaient pas au beau fixe, confie Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Michael Watkins a attiré leur attention, rappelle Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Irene, la mère de Jennifer, a dit aux enquêteurs de Colorado Springs que son mari Michael pouvait avoir un tempérament instable, détaille Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Nous avons reçu des informations sur la relation entre Jennifer et Michael, et nous le considérions comme un suspect dans cette enquête, explique Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Sur beaucoup de points, leur mariage ne faisait pas rêver. Jennifer n’était pas heureuse dans son couple. Elle avait réussi à obtenir un travail à plein temps. Elle commençait donc à devenir financièrement indépendante de Michael. Apparemment, elle avait discuté avec certains de ses amis et collègues, et leur avait dit qu’une fois qu’elle serait stable financièrement et que sa carrière aurait décollé, elle envisagerait de quitter son mari. Tous ces éléments mettaient en lumière la piste selon laquelle Michael avait quelque chose à avoir avec ce meurtre. »
« Cette nuit-là, quand Jennifer n’était pas rentrée et que Michael la cherchait partout, il s’était rendu à l’hôpital et il avait été odieux, raconte Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Il était insistant. Il criait. Il hurlait en frappant les murs. Il leur donnait aux gens de lui dire ce qu’ils avaient besoin de savoir. »
En plus de sa relation difficile avec sa femme, Michael est également en liberté conditionnelle suite à un incident de carabine à air comprimé.
« Michael avait un casier judiciaire, précise Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. On savait qu’il avait déjà enfreint la loi. Bien sûr, ça ne faisait pas de lui un meurtrier. Mais nous pouvions orienter l’enquête et nous concentrer sur lui. »
Les enquêteurs décident qu’il est temps que Michael passe en salle d’interrogatoire.
« Michael nous a révélé que sa femme et lui avaient tous les deux eu une liaison, témoigne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. C’était en partie pour cela que leur couple battait de l’aile. Ils essayaient d’arranger les choses. Mais selon Michael, ils étaient tous les deux dépassés par leurs problèmes. »
Vu la description que Michael dresse de son couple, les enquêteurs lui demandent de retracer le fil de sa journée le jour où Jennifer a été agressée.
« Jennifer l’avait emmené voir son agent de probation, se souvient Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Elle avait prévenu l’hôpital qu’elle allait avoir une 1h30 de retard, indique Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Et ça a été le cas. Michael Watkins travaillait aussi au Memorial Hospital. Mais il était de nuit et au service d’entretien. D’ordinaire, il dormait jusqu’à 20h30. Mais il ne s’était pas réveillé. »
« Quand Michael s’est réveillé, il a appelé la mère de Jennifer pour lui demander où elle était, parce qu’elle n’était pas chez eux, décrit Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Ensuite, il s’est rendu à l’hôpital et a commencé à poser des questions pour trouver quelqu’un qui savait où se trouvait Jennifer, ou si quelqu’un savait ce qui lui était arrivé. Il a continué par la chercher avant de finir par appeler les forces de police. »
Lorsque les enquêteurs demandent à Michael si sa femme a déjà été victime de violence dans le passé, sa réponse les surprend. Michael leur signale un passé violent au sein de leur lycée.
« Michael a mentionné le nom de James Cook, souligne Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. James Cook et Jennifer étaient sortis ensemble par le passé. »
« James Cook était marié à la sœur de Michael Watkins, ajoute Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Et la situation était vraiment alambiquée. Michael Watkins affirmait que James avait des vues sur Jennifer et qu’il avait commencé à la harceler en quelque sorte. »
« La police a donc retrouvé James Cook, observe Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Ils l’ont interrogé. Et sa version des faits n’était pas aussi inquiétante que Michael avait laissé paraître. »
James Cook nie avoir harcelé ou avoir eu des relations sexuelles avec Jennifer. La police ne peut pas confirmer les dires de Michael qui affirme le contraire.
« Étant donné que James n’était pas entré au Memorial Hospital, ni dans la zone où Jennifer a été retrouvée, la police l’a rayé de la liste des suspects, relate Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
Les enquêteurs suivent une nouvelle piste lorsque un ami de la famille les informe que Michael a tenu des propos étranges avant que le corps de Jennifer ne soit retrouvé.
« Michael s’est douté assez tôt que Jennifer n’était pas rentrée, déclare Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Peu de temps après sa disparition, il a commencé à sous-entendre qu’elle était décédée. »
« Il la considérait comme déjà morte avant même qu’on lui annonce avoir retrouvé son corps, poursuit Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Il essayait de déterminer la cause de sa mort, confie Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. On avait jeté son corps. Et il a continué à faire des remarques qu’une personne normale ne ferait pas si un de leurs proches était porté disparu. »
Les soupçons se confirment lorsqu’un ami de Jennifer met en lumière la vie privée obscène de Michael.
« Michael fréquentait une femme du nom de Crystal, rappelle Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
« Le nom de cette femme est revenu dans plusieurs témoignages, détaille Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Michael et elle avaient entamé une liaison peu de temps avant la disparition de Jennifer, avant que l’on ne découvre son corps. »
« Il lui achetait ce qu’elle voulait, explique Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. La fidélité que Michael portait à Crystal était un peu déconcertante. »
« Ça n’a fait qu’accroître nos soupçons envers lui, raconte Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« On nous a informé que Michael fréquentait désormais une femme prénommée Crystal, précise Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Il était sur la liste des suspects. Et on sait qu’il avait une personnalité difficile. Il était exubérant, très agressif envers les enquêteurs. On avait du mal à lui soutirer des informations à cause de son comportement, non seulement envers la police, mais aussi envers les membres de la famille et les autres employés de
l’hôpital. »
« C’est l’hôpital d’une petite ville, témoigne Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Il y avait des rumeurs. Pour moi, il était coupable. »
Les enquêteurs obtiennent un mandat de perquisition pour fouiller la maison des Watkins.
« Nous avons saisi bon nombre de pièces à conviction, car on voulait faire avancer l’enquête et nous mener à l’arrestation du meurtrier, se souvient Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. »
« Lorsque la police a fouillé la maison des Watkins, ils n’ont pas trouvé les clés de l’escalier, indique Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Mais ils ont trouvé un pantalon sur lequel il y avait des tâches qui ressemblaient à du sang. S’agissait-il du sang de Jennifer ? »
Le pantalon est envoyé au laboratoire pour analyse. Un mois après le meurtre de Jennifer, Michael est de nouveau dans le collimateur de la police.
« La police soupçonnait de plus en plus Michael, décrit Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Ils lui ont demandé de passer au détecteur de mensonges, et il a accepté. »
« Il a fini par passer au détecteur de mensonge, souligne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Étant donné toutes les informations que nous avions récoltées pendant l’enquête, nous étions surpris qu’il accepte de répondre à ce test. »
Michael explique que sa relation avec Crystal a débuté après la mort de sa femme, réfutant les accusations scandaleuses à son égard. Plus tard, les résultats d’analyse du sang retrouvé sur le pantalon de Michael discrédite les soupçons des enquêteurs.
« Les analyses ont trouvé qu’il s’agissait bien de sang, ajoute Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Mais l’échantillon correspondait au sang de Michael.»
Les résultats d’analyse des échantillons de sperme retrouvés sur le corps soulèvent encore plus de questions quant à la culpabilité de Michael.
« Les deux échantillons ont donné deux profils ADN distincts, observe Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. L’un d’eux correspondait à Michael Watkins. Ce n’était pas alarmant, car Michael et Jennifer étaient en couple. Il a trouvé une explication convaincante en disant qu’ils avaient eu des rapports sexuels avant la disparition de Jennifer. Mais l’autre échantillon prélevé sur le plastique n’avait pas été identifié. »
« On espérait trouver une correspondance en particulier avec l’échantillon de sperme, mais les résultats qui nous sont parvenus étaient négatifs, relate Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
Ces preuves matérielles ne suffisent pas pour que les enquêteurs procèdent à l’arrestation de Michael. S’il reste un suspect, la police continue de creuser d’autres pistes.
« Plus les jours passaient et plus il régnait au sein de l’hôpital une atmosphère de malaise, que ce soit parmi le personnel hospitalier, mais aussi parmi les patients, déclare Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Le crime n’avait toujours pas été élucidé. Ce que les gens savaient, c’est qu’un tueur était en liberté et qu’il travaillait toujours au Memorial Hospital. »
« J’étais persuadée que c’était son mari, poursuit Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Je croyais que la police n’avait pas assez de preuves pour l’accuser, mais qu’un jour, ils confirmeraient bien que c’est son ADN qu’on avait trouvé et que cet homme paierait pour le mal qu’il avait commis. »
En examinant de nouveau la liste des employés, les enquêteurs se rendent compte qu’un autre membre du personnel a récemment disparu.
« Curtis Broussard avait abandonné son poste à l’hôpital peu de temps après la découverte du corps de Jennifer, confie Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Nous avons enquêté sur son passé et nous nous sommes rendus compte qu’il avait un casier judiciaire. »
« Plus on fouillait dans le passé de Curtis Broussard, plus il avait l’air suspect, rappelle Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Les enquêteurs se sont entretenus avec son agent de probation en Louisiane. Il était en liberté conditionnelle pour meurtre, pour lequel il avait plaidé la légitime défense. »
« Même s’il était en probation pour meurtre, Curtis était un bon employé, très respecté pour son travail, détaille Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. En fait, tout le monde semblait l’apprécier énormément. »
« Nous avons découvert que non seulement il avait démissionné, mais qu’il avait aussi quitté Colorado Springs, explique Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Il avait disparu. Il avait quitté son motel en laissant quelques affaires derrière lui. Alors oui, ça a attiré notre attention.»
« Jusqu’à la disparition de Jennifer, cet homme s’est volatilisé sans égard, raconte Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Le plus curieux, c’est que Curtis traversait une période difficile. Il habitait dans un des motels de la ville. »
« Curtis Broussard est parti sans ses affaires et sans récupérer son dernier salaire auprès du Memorial Hospital, précise Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Cela a forcément alerté les enquêteurs. »
« On a fini par découvrir que M. Broussard était recherché dans l’État de la Louisiane, témoigne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs.»
« Des enquêteurs ont découvert qu’il avait déjà tué auparavant, se souvient Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Ils ont dû en déduire qu’ils avaient trouvé le coupable. »
« Les enquêteurs de Colorado Springs se sont rendus en Louisiane, car ils pensaient le trouver là-bas, indique Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Mais Curtis n’y était pas. Lorsqu’il avait appris la disparition de Jennifer, Curtis Broussard avait pris la fuite. Il était allé jusqu’à Shasta County en Californie. Il était en garde à vue lorsque la police de Colorado Springs est venue lui parler. »
Curtis Broussard raconte aux enquêteurs qu’il n’a rien à avoir avec le meurtre de Jennifer, mais qu’il savait qu’il paraîtrait suspect.
« Il savait que l’on interrogerait le personnel de l’hôpital, décrit Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Il a donc cru qu’on demanderait à lui poser des questions à lui aussi. Et on passerait en revue son casier judiciaire. En effet, on a découvert qu’il était recherché. Il ne voulait pas retourner en prison. Il nous a volontairement fourni un échantillon d’ADN pour qu’on le compare avec celui non identifié. »
Une fois de plus, les enquêteurs sont à la recherche d’autres preuves pour confirmer les soupçons.
« L’ADN de M. Broussard ne correspondait pas, souligne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Lorsque l’on suit une piste sérieuse, qu’on avance et qu’on fait des progrès, et que cette piste finisse par s’évaporer, c’est très décevant. C’est déchirant pour les enquêteurs. Ce que nous souhaitons, c’est rendre justice à la famille. »
Même s’ils ont en leur possession un échantillon d’ADN qui appartiendrait au tueur, les enquêteurs ne parviennent pas à l’identifier.
« Nous espérions qu’au fil du temps que les bases de données ADN finiraient par identifier le profil correspondant, ajoute Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. J’ai passé des heures et des heures sur cette enquête à essayer de trouver qui était responsable du meurtre de Jennifer. Je ne pouvais pas garder cette affaire sur le haut de la pile pendant très longtemps. D’autres affaires commençaient à arriver et à s’empiler. Pendant un moment, des nouvelles pistes et de nouveaux noms émergeaient. Et l’affaire s’est tassée. Et plus le temps passait, moins on en recevait. »
Pendant 10 ans, aucune autre piste n’est suivie, mais les proches de Jennifer ne perdent pas espoir.
« Un membre de sa famille était hospitalisé, observe Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Et je lui rendais souvent visite pour discuter de ses repas. Nous avons parlé de la tragédie. J’essayais de me mettre à sa place. C’était vraiment difficile. »
Mais le 20 juillet 2020, près de 20 ans après le meurtre de Jennifer, la généalogie génétique permet de faire avancer l’enquête.
« Je crois que j’ai intégré l’unité des affaires non résolues en 2019, relate Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. Dans ce genre d’enquête, mon but est d’obtenir des réponses. Nous voulons donner ces réponses aux familles des victimes. C’est pour eux que nous travaillons. Certains d’entre eux passent leur vie à attendre ces réponses. Ce serait terriblement embarrassant de ne pas pouvoir leur en donner. Je suis toujours pleine d’espoir. Je crois
fermement que ces affaires peuvent être résolues. La généalogie génétique offre sans arrêt de nouvelles possibilités. Nous avons toujours les photos, les preuves et les rapports des labos. Notre
travail en tant qu’enquêteur est de tout déchiffrer afin de pouvoir les résoudre. »
« Nous avions identifié deux profils ADN grâce aux échantillons, déclare Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Celui qui avait été prélevé dans le corps de Jennifer correspondait à son mari, Michael Watkins, mais l’autre restait non identifié. »
« Nous savions que ce n’était pas Michael, poursuit Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. Personne parmi les agents de maintenance, parmi le personnel hospitalier ne nous paraissait suspect. Nous avons procédé au premier test de généalogie
génétique en 2019. La généalogie génétique est une technologie qui permet d’analyser l’ADN fourni par les personnes qui souhaitent étudier leur propre généalogie. Il est possible d’envoyer son ADN à plusieurs entreprises.»
« Le profil ADN inconnu restant, établi à partir du sperme retrouvé sur le pantalon de Jennifer Watkins, a été soumis à une analyse de généalogie génétique par l’intermédiaire de la société Parabon, confie Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. La généalogie génétique associe des tests ADN de pointe à des analyses génétiques innovantes, des techniques d’identification sophistiquées et des méthodes généalogiques traditionnelles pour établir les liens de parenté entre un individu et ses ancêtres. Dans le cadre d’enquêtes médico-légales, cette approche permet de générer des pistes très révélatrices quant à l’identité potentielle d’une victime ou d’un auteur d’infraction inconnu. Dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jennifer Watkins, Parabon a soumis le profil génétique – établi à partir de l’échantillon d’ADN d’un individu inconnu prélevé sur le pantalon de la victime – à une base de données publique de généalogie génétique. L’objectif était d’identifier des personnes partageant une quantité significative d’ADN avec cet individu inconnu. Ces correspondances génétiques ont servi d’indices pour orienter les recherches généalogiques classiques : on a d’abord reconstitué les arbres généalogiques des personnes identifiées jusqu’aux ancêtres communs potentiels, en s’appuyant sur des bases de données généalogiques en ligne, des archives de presse, des arbres généalogiques publics, des avis de décès et d’autres documents accessibles au public ; des recherches sur la descendance ont ensuite été menées pour dresser la liste des identités possibles de l’individu inconnu. D’autres informations – telles que l’âge, la localisation géographique, la triangulation entre les correspondances génétiques, ainsi que les prédictions concernant les origines ancestrales et le phénotype (traits physiques) – ont été utilisées pour restreindre le champ des possibilités avant d’établir la liste finale des pistes à suivre. »
« Dans le cadre d’enquêtes policières, la généalogie génétique se limite aux deux plus petites bases de données, GenMatch et FamilyTree, rappelle Cece Moore, généalogiste génétique en chef, PARABON NANOLABS. D’ordinaire, la police dresse un profil génétique qui ne contient que peu de marquages génétiques appelés microsatellites. Et puis, ils les envoient dans la base de données nationale grâce à laquelle on peut trouver une correspondance parfaite. Et si ce n’est pas le cas, c’est tant pis pour vous. Mais en utilisant les bases de données de généalogie génétique, il y a toujours des correspondances. La question, c’est à quel point elles sont similaires. On trouve toujours des cousins au cinquième, sixième ou septième degré. Ceux-ci sont parfois trop éloignés pour que l’on puisse retrouver un ancêtre commun. On espère toujours trouver une correspondance avec un cousin proche. Dans le cadre de l’affaire de Jennifer, nous avons d’abord créé ce qu’on pourrait appeler un
portrait-robot génétique. Il s’agit d’une image qui peut prédire l’apparence du criminel recherché. Nous avons ensuite pu supprimer certains noms sur la liste des suspects, ce qui nous a menés à une
correspondance dans le Colorado. »
« À partir de l’ADN prélevé sur le pantalon de Jennifer Watkins, Parabon a généré des prédictions concernant les traits physiques de la personne d’intérêt associée, détaille Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. Des prédictions spécifiques ont été établies pour les origines ancestrales, la couleur des yeux, la couleur des cheveux, la carnation, la présence de taches de rousseur et la forme du visage du sujet. En combinant ces caractéristiques physiques, un portrait-robot ‘Snapshot’ a été réalisé, représentant l’apparence probable de la personne
d’intérêt à l’âge de 25 ans, avec un indice de masse corporelle moyen de 22. Ces valeurs par défaut ont été retenues car l’âge et l’IMC ne peuvent être déterminés à partir de l’ADN. Ce portrait-robot a ensuite été diffusé aux médias afin de susciter de nouvelles pistes. Les enquêteurs ont également tenté d’exploiter les preuves ADN recueillies lors de l’autopsie, mais n’ont pas pu le faire en raison de la mauvaise qualité de l’échantillon. »
« Ce procédé nous a donné une piste qui, selon eux, pouvait avoir un lien avec notre enquête au Colorado Springs, explique Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. Nous avons alors fouillé dans le dossier de l’enquête pour savoir qui était cette
personne, quels liens il avait avec notre ville et comment il pouvait être un suspect. Nous avons trouvé son nom. Et il s’est avéré qu’il avait travaillé au Memorial Hospital. On l’avait déjà interrogé lors de cette enquête. »
« Après avoir étudié les branches de cette arbre généalogique en long, en large et en travers, j’ai réussi à trouver une personne qui correspondait parfaitement, raconte Cece Moore, généalogiste génétique en chef, PARABON NANOLABS. Cette personne était Ricky Severt. Son profil s’est démarqué parce que c’était le seul membre de la famille à avoir un lien avec Colorado Springs. En plus, Ricky ressemblait fortement au portrait-robot génétique. »
« L’examen du rapport d’enquête initial a révélé que Ricky Severt, alors âgé de 29 ans, avait été interrogé par les enquêteurs le 19 novembre 1999 dans le cadre de l’enquête initiale sur le meurtre, précise Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. M. Severt travaillait au service de maintenance du Memorial Hospital, établissement qui l’employait depuis avril 1998. D’après les horaires de travail qu’il avait communiqués lors de son audition, il effectuait une vacation en horaires décalés le 5 novembre 1999, date à laquelle Jennifer Watkins avait été vue pour la dernière fois. Il avait également affirmé ne jamais avoir vu Mme Watkins auparavant. »
« La maintenance faisait partie des rares départements à avoir accès au huitième étage, où avait été retrouvé le corps sans vie de Jennifer Watkins, témoigne Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
Les enquêteurs ont hâte d’interroger leur nouveau suspect principal, mais ils rencontrent un problème.
« L’enquêtrice Cruz-Rogers a mené des recherches pour retrouver Ricky Severt et a enfin réussi à mettre la main sur lui, se souvient Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Malheureusement, elle a découvert que M. Severt était mort dans un accident de la route
quelques années après le décès de Jennifer Watkins. »
« La poursuite des investigations a révélé que Ricky Severt était décédé dans un accident de la route le 2 novembre 2001, sur la route 94, juste à l’est de Colorado Springs, indique Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. »
« Ricky Severt avait été incinéré, décrit Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Il ne restait plus rien. Il n’y avait plus d’ADN à tester. C’était terminé.»
« Nous n’avions aucun moyen de comparer directement son ADN avec le profil génétique recherché, souligne Cece Moore, généalogiste génétique en chef, PARABON NANOLABS. L’étape suivante a été de déterminer s’il avait des parents encore en vie ou des enfants. Au mieux, nous pouvions faire cette comparaison avec un parent au premier degré. »
« S’ils acceptaient que l’on prélève leur ADN, nous pouvions au moins conclure, mais partiellement, que nous tenions notre coupable, ajoute Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. »
« Les enquêteurs ont rendu visite à la veuve de Ricky Severt pour l’informer qu’ils travaillaient sur une enquête à Colorado Springs et qu’ils avaient besoin d’un échantillon de l’ADN de la fille de Ricky Severt, observe Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE.»
« La femme de Ricky a accepté de coopérer, ce qui était généreux de sa part, relate Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Nous avons donc pu analyser cet échantillon pour le comparer directement aux preuves que nous avions, déclare Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. Le résultat était sans appel. Monsieur Severt était l’homme que nous recherchions. »
« Le 1er octobre 2020, ce dossier a été transmis au bureau du procureur du quatrième district judiciaire pour examen, poursuit Natashia Kerr, responsable de l’information du public, Police de Colorado Springs. Au terme de cet examen, achevé en décembre 2020, le bureau du procureur a conclu que Ricky Severt était l’auteur du meurtre de Jennifer Watkins. Ricky Severt étant décédé dans un accident de la route en 2001, l’enquête sur le meurtre de Jennifer Watkins sera classée comme ‘résolue de manière exceptionnelle’ (en raison du décès de l’auteur présumé). »
De ce fait, Michael Watkins est enfin innocenté.
« Il est vrai que Michael avait un caractère bien trempé, mais il avait coopéré, confie Rachel Cruz-Rodgers, enquêtrice criminelle, service de Police de Colorado Springs. Et puis, grâce aux preuves et aux résultats ADN, nous savions qu’il n’était pas coupable. »
Persuadés d’avoir mis la main sur l’auteur de ce crime, les enquêteurs parviennent enfin à retracer les événements sinistres qui ont conduit au meurtre de Jennifer ce soir-là.
« Nous n’avons pas pu échanger avec M. Severt pour comprendre ce qui s’était réellement passé et pourquoi il avait assassiné Jennifer Watkins, rappelle Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. À ce jour, nous ne pouvons que supposer et suivre notre intuition. »
« Le 5 novembre, Jennifer a emmené son mari voir son agent de probation, détaille Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Elle l’a déposé. Puis elle est allée travailler. Elle avait plus d’une heure de retard. »
« Elle avait prévenu l’hôpital qu’elle allait avoir 1h30 de retard, explique Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. »
« Quand la police a interrogé le personnel de l’hôpital, ils ont remarqué que personne ne l’avait croisée après 18h30, raconte Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. »
À un moment donné, après 18h30, Jennifer est embarquée dans une confrontation violente avec Ricky Severt.
« Elle distribuait et récupérait les chariots de plateau aux alentours de 18h-18h30, comme à son habitude, précise Ann Ervin, ancienne journaliste de la chaîne KKTV, Colorado Springs. Personne ne comprenait ce qui avait pu se passer. »
Les enquêteurs ont conclu que Ricky a agressé Jennifer avant la fin de son travail. Il lui a demandé ou l’a forcée à l’accompagner au huitième étage.
« Au bout du compte, on sait à quel moment elle était en vie et à quel moment elle a disparu. On a l’échantillon de sperme et on a la cause du décès qui était due aux ecchymoses. Quand on rassemble
toutes les pièces du puzzle, la conclusion est évidente. C’était forcément lui. »
« Après toutes ces années, nous sommes reconnaissants de pouvoir enfin apporter à la famille de Jennifer Watkins les réponses qu’elle mérite. Peu importe le temps écoulé, nous œuvrerons toujours au service de cette communauté ; je suis fier de tous les enquêteurs chargés des affaires non résolues qui, au cours des 21 dernières années, n’ont jamais cessé de travailler sur le dossier de Mme Watkins. Pas un seul instant ils n’ont perdu de vue l’essentiel : faire éclater la vérité pour la famille Watkins. Merci également à nos partenaires. Nous n’aurions pas pu résoudre cette affaire sans votre temps, vos compétences et votre dévouement, déclare Vince Niski, chef de la police de Colorado Springs. »
« Les seules personnes qui savent ce qui s’était passé sont M. Severt et Jennifer, témoigne Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Et ils sont tous les deux décédés. »
« Quand je pense à ce que Jennifer a dû endurer, ça me fait beaucoup de peine, se souvient Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. Je suis maman, et ce qui lui est arrivé me brise le cœur. »
« C’est une véritable tragédie, indique Sean Mandel, ancien enquêteur criminel, Police de Colorado Springs. Jennifer Watkins était la mère aimante de deux jeunes enfants. Elle était sur le point de s’en sortir, et on lui a ôté la vie bien trop tôt. »
« Après tout ce temps, la famille de Jennifer Watkins a enfin pu connaître le nom de l’auteur de cette atrocité, décrit Bill Hethcock, ancien journaliste, COLORADO SPRINGS GAZETTE. Cela leur permettra peut-être de tourner la page. »
« On se sent forcément désolés pour la famille de cette pauvre petite, souligne Kendra Prosen, ancienne manager au service nutrition, Memorial Hospital. S’il s’agissait de notre enfant, ce serait une épreuve horrible à traverser. »
Depuis l’introduction de la généalogie génétique, Parabon NanoLabs a aidé les forces de l’ordre à identifier positivement (auteur ou victime non identifiée) une personne par semaine, dans des affaires qui, en moyenne, étaient restées non résolues pendant plus de 25 ans.
@ker_gauthier
